tchin-tchine au fil des jours : jeux chinois, articles, conseils de lecture...

Lao Zi

Premier grand maître et initiateur dans la culture chinoise, Laotse était sans doute moins un penseur mystique qu’un vagabond confus qui cherchait à retrouver un peu d’harmonie avec la nature, avec ses ancêtres, avec lui-même. Sa sortie de la vie terrestre, en forme de pirouette – il grimpa sur un buffle d’eau et s’en alla vers l’ouest, chercher la solitude dans les montagnes du Tibet – laisse à penser que le bougre était doté d’un sens de l’humour que ses descendants n’ont pas su percevoir. Un gardien de gué, interpellant le vieil homme sur le départ, lui réclama un témoignage, une trace écrite de sa pensée. En guise de réponse, une simple tablette contenant tout juste 5 000 caractères : la Voie.
De transcription en réinterprétation, comme tout bon livre fondateur, le Dao De Jing – plus connu en France sous le nom de Yi Jing – allait devenir la nouvelle Bible de la métaphysique chinoise, l’objet fondateur de la « seule vraie religion nationale », avancent les déçus du confucianisme et d’un bouddhisme un peu trop indien a leur goût. A tel point que le pays, et plus généralement la région tout entière, de Taïwan à Séoul, sont désormais parsemés d’une foison de temples dits taoïstes, à l'allure plus ou moins imposante, sièges d’une foi plus ou moins avérée... le spirituel cédant souvent le pas à la superstition pure et dure. Ainsi ce charmant Temple du Nuage Blanc, que l’on peut visiter pour cinq yuans sans craindre de perturber la concentration des novices, moinillons à la chevresque barbe parfaitement pointue, cheveux attachés en chignon sur une chemise blanche qui sent bon la fraîcheur, les chevilles solidement ancrées dans de grossières mais plaisantes bottines grises. Les divinités ont fleuri dans des teintes bleues et rouges dignes des dragons et les bâtonnets d’encens brûlent le souvenir amer des péchés et d'une vie peu sérieuse, bien plus assurément que quelques heures de méditation quotidienne. Voila encore une parole qui n'aura pas été comprise...

Par Pablo Tullio

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Maoïsme

La vraie religion populaire néanmoins, n’en déplaise aux mystiques, est pour le moins matérialiste. Et Dieu dans l’imaginaire chinois a un visage bien familier, un peu rond et bedonnant, bienveillant quoique vérolé : Mao Zedong, le Timonier, le maître de la barque, le héros de tout un peuple, le Zizou des chinois, Mao de sa royale tête ne fait certes pas trembler les filets brésiliens mais bien les prolétaires de tout poil... et les touristes-pélerins en manque de sensations sacro-dépaysantes.

Il trône ainsi, sous la forme d’un portrait démesuré, sur la Porte de la Paix Céleste, s’offrant au regard de tous les badauds de Tian An Men, imperturbable, imperméable aux orages qui battent la plus grande place publique du monde, constamment restauré par les plus fins limiers de la peinture étatique, et arbore au grand jour une verrue monstrueuse qui donne au culte de la personnalité à la chinoise une touche d’humanité que certains moustachus d’outre-Sibérie n’auraient pas dû ignorer.

Aussi placide que la Joconde avec laquelle il doit partager le titre de personnage décédé ou fictif le plus photographié de la planète, Mao continue de veiller sur sa propre dépouille - elle aussi adroitement restaurée car cela fait quand même trente ans cette année qu’il est mort – gisant dans le grossier, le décadent, le superbement stalinien mausolée que ses émules lui ont dressé au beau milieu de la place et qui doit être bien plus confortable que la caverne du Hunan dans laquelle la légende veut qu'il ait fourbi ses premières armes. Je ne l’ai pas encore visité, mais je vois d'ici le tableau : le petit Mao se retournant dans son cercueil de verre aux cris des vendeurs informels qui assiègent le touriste d’effigies sur porte-clefs et de versions anglaises du Petit Livre Rouge. Les temps changent !

Par Pablo Tullio

 

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Nationalisme

Néanmoins, si la classe dirigeante commence à reconnaître certaines « erreurs » (oh, quand même, ils y vont fort) politiques ou sociales commises sous le règne de Mao, force est de constater qu’il reste dans les mémoires comme l’homme qui aura réunifié la Chine, trente-huit ans – un millénaire - après la chute du dernier Empereur et après avoir subi quatre guerres sur son propre territoire. Il restera en cela à jamais un héros, rejoignant dans l'histoire Qin Shi Huang Di et Kubilai Khan comme les grands fondateurs de l'unité nationale, priorité ultime dans la hiérarchie des valeurs chinoises. D'où la question à mille euros : que serait-il advenu de Chiang Kaishek, aujourd'hui honni comme le premier ennemi historique du Parti, si ses troupes nationalistes, en 1949, avaient remporté la guerre, évitant au Kuomintang de devoir se retirer penaudement à Taïwan... aujourd'hui officieusement indépendant ? Comme quoi, en matière d'unité nationale, les communistes peuvent repasser. Un stage au Xinjiang ou au Tibet leur ferait le plus grand bien.
Notons toutefois que le prétendu ultra-nationalisme chinois est avant tout un concept politique qui dépasse rarement le cadre des livres et des discours officiels. A ma grande surprise, il n’y a rien de moins patriote qu’un chinois - ils sont, à cet égard, à des années-lumière du Vietnamien moyen lequel décore son balcon, sa moto, son visage, d'un drapeau national pas si réglementaire qu'on veut bien le faire croire... Mais si l’histoire du petit voisin du Tonkin est jalonnée d'invasions repoussées et d'ennemis terrassés, qui par nécessité appellent la présence constante de troupes étrangères, celle du potent Empire du Milieu (Zhong Guo, la Chine, en langage local) s’est fondée au contraire sur un repli sur soi généralisé et la recherche de l’autonomie politique, alimentaire, culturelle, au sein de laquelle a pu se développer sans crainte une conscience très vive de la région d'origine, qui confine par moments au chauvinisme le plus touchant. A Pékin, deux chinois entre eux n’hésiteront pas à se demander quel est leur pays d’origine, à savoir leur province natale : Nord-Est, Shandong, Hunan, Ningxia... Il faut alors voir leur satisfaction, leur sourire, leur soulagement presque lorsque le hasard les a menés sur un compatriote ! Il parait d'ailleurs que jusque sur les trottoirs de Belleville, ce sentiment d'appartenance régionale reste vif.

Par Pablo Tullio

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Xiao Douzi numéro 4

Le numéro 4 de notre revue Xiao Douzi est sorti la semaine dernière... Les abonnés le recevront chez eux ces jours-ci.

Vous pouvez également gagner des exemplaires en répondant aux jeux proposés chaque lundi... 



 Voici l'édito du dernier numéro :

Les beaux jours reviennent et avec eux, les envies de voyage… en avril, l’équipe de tchin-tchine s’envole donc pour la Chine. Un voyage que vous pouvez suivre sur notre site internet (www.tchin-tchine.com) mais également à travers deux soirées « récit de voyage » organisées en partenariat avec Asia (p 20).

Pour une approche originale de la Chine, voyagez en polars avec notre dossier consacré aux romans policiers de Chine (p2) : classiques ou contemporains, en Chine, à HongKong ou au Tibet, frissonnez avec le Juge Ti ou l’inspecteur Chen Cao !

Enfin, testez vos connaissances avec un quizz (p 10) ou encore avec deux pages d’exercices adaptés aux débutants (p 12 et 13).


Bonne lecture !

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Shanghai

tchin-tchine on the road again

Par Aurélie Croiziers

« Tu vas voir, Shanghai, c'est spécial » m'a-t'on dit avoir mon départ ! j'appréhendais un peu ce qui m'attendait, mais je me suis finalement décidée pour cette ville comme aéroport d'arrivée, voulant me faire ma propre idée. J'ai finalement bien fait !
Shanghai est multiple, c'est la meilleure définition que je puisse lui trouver !

shanghai_pudong
 

C'est avant tout une ville ultra moderne, avec des gratte-ciels qui concurrencent aisément ceux des Etats-Unis. Le quartier de Pudong, à l'ouest de la rivière Huangpu est le quartier des affaires de la ville, autrement dit un des principaux centres économiques de Chine et d'Asie. J'ai ici pris un train pointant à plus de 430 km/heure, de quoi faire pâlir notre TGV national... Certains des nombreux expatriés vivant ici l'ont bien compris : on peut totalement vivre à l'occidentale dans cette ville cosmopolite.

Shanghai tient peut être cet aspect cosmopolite de son passé colonial; sa situation portuaire  explique l'installation des Européens dans les années 1840. Ce passé relativement récent (la ville n'était avant qu'un petit village de pecheurs) a laissé de nombreuses traces. Une belle architecture coloniale, souvent massive et parfois décrépite rythme les rues. C'est un des charmes de la ville : de nombreux hauts immeubles majestueux font face à Pudong, sur l'autre rive de Huangpu. Dans les petites ruelles du vieux Shanghai on croise aussi des traces de ce passé : les petites ruelles enchevétrées donnent parfois sur une maison à porte de pierre.
Ces Shimenkou (littéralement, maison à porte de pierre) sont caractéristiques de la ville. Héritées des colons elles ont un étage et sont construites en brique rouge ou noire. Certaines sont laissées à l'abandon, d'autres sont restaurées, et exploitées pour les touristes.


Je préfère le côté un peu désuet et décalé de ces maisons que j'ai apercues dans le vieux Shanghai. Je suis sortie du parc aménagé pour les touristes autour de Yuyuan pour pouvoir l'apprécier. Je tombe alors sur des ruelles parfois larges de 2 mètres seulement. J'alterne entre l'animation de certaines rues ou de petits métiers subsistent à même le sol (couturiers, réparateur d'horloge, coiffeur, petits boui-boui...) avec le calme d'autres ruelles ou de vieux chinois juent au carte ou aux échecs. J'apprécie particulièrement le linge étendu d'une rue à l'autre qui donne un aspect très convivial à la promiscuité du quartier.

Pour apprécier Shanghai, j'ai accepté ses cotés parfois fatigants et usé beaucoup de semelle ! Ses charmes qui n'ont rien avoir avec le reste de la Chine m'ont finalement gagnée !

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Jeu chinois : l'électricité

Voici une série de mots composés à partir du caractère "diàn" qui signifie électrique.

Saurez-vous retrouver la signification de chaque mot?

Vous pouvez noter vos réponses (même si vous n'avez pas tout trouvé!) dans les commentaires et gagner un exemplaire de la revue "Xiao Douzi"!

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ABCDaire de Chine : Gastronomie

Au départ, ça ressemble à de la pâte à crêpes. Il y en a de plusieurs couleurs, selon la variété de céréale ou l’arôme ; ça va parfois même jusqu’au mauve griotte. Mais à la différence des stands à churros de nos chères plages, de Hendaye à la Baule, où l’on vous sert une plaisanterie au nutella que les enfants terminent en deux bouchées en se noircissant le bout du nez, le crêpier ici, d’un geste adroit, vous étale sur l’ensemble d’une large poêle une de ces tartines grosses comme la lune et qui vous font saliver d’envie. Rapidement, il brise un oeuf, un second, ratisse le blanc jusqu’à lui donner la consistance d’un pain mou, saupoudre de poivre, de pâte de haricot traditionnellement fermentée un mois ainsi que de piment, et brise à l’intérieur une étrange gaufre salée qui va donner à la crêpe sa forme définitive. On l’emporte tout chaud dans un sac en plastique et on se remplit l’estomac en crachant ses gencives qui ont pris feu dans l’intervalle. Ca s’appelle jian bing guo zi, littéralement « crêpe ronde à la pâte de soja mauve », c’est cuit, selon la dextérité du maître, en trente à cinquante secondes, ça vous coûte exactement deux kuai – vingt centimes – et ça vous met plein de joie.
Et moi, j’avais oublié la réputation de la Chine... O le paradis des gourmets !
Petits beignets au chou, aux épinards ou au miel ; potée de légumes verts à la sauce au sésame ; soupes oeuf et tomate ; brochettes de pains au piment ; crêpes roulées au fenouil et à la carotte ; raviolis aux oeufs et à la viande de mouton ; fondues mongoles de champignons, dans leur grand court-bouillon ; spécialités ouïgoures d’Asie centrale, à base d’agneau et de nouilles carrées ; salade du Tigre – la bien nommée – concombres et piments verts ; pommes de terres, aubergines et poivrons en sauce ; potée noire et blanche, chou fleur et champignons chinois ; spécialités relevées du Hunan et du Sichuan – du piment bien rouge sur des viandes sèches ou des légumes sautés... Tout un monde dans nos assiettes, qui bout, qui brûle, qui gargouille pour satisfaire nos égocentriques palais, et il paraît que la cuisine de la côte Est – Shanghai, le Fujian, ses poissons – est encore plus subtile, légère, émoustillante. C’est un véritable régal et l’on a tôt fait de se perdre dans les innombrables restaurants qui battent ardemment le pavé de leurs incontournables lampions rouges, repérables de si loin dans le vent, sauf peut-être dans la rue des lanternes, interminable avenue où rivalisent vingt-quatre heures sur vingt-quatre les plus fins limiers de la gastronomie pékinoise, dans un désordre joyeux d’ampoules rouges et de fumées épicées. Voilà bien une raison de visiter la Chine.

Par Pablo Tullio

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Hutongs

Une autre de ces raisons, érigée aujourd’hui au rang d’attraction touristique majeure pour les occidentaux en quête d’une quelconque trace du passé, est cet ensemble de boyaux plus ou moins étroits qui courent entre les rues principales à l'intérieur du second périphérique et qui correspond peu ou prou à ce qui constituait autrefois la ville chinoise, aujourd'hui disparue. Historiquement d'ailleurs, ce sont plutôt les Mongols, après la chute de la dynastie Song et la prise de Pékin en 1205 par le grand Khan Genghis, qui rebâtiront la cité selon leurs propres standards et construiront ce système urbanistiquement commode quoique peu praticable à la circulation. On s'y déplaçait mal mais on y vivait bien. Séduits par l'organisation en groupes de familles ou en corporations artisanales permise par le développement de maisons communes autour de courettes – les fameuses siheyuan  traditionnelles – plantées d’arbres et de chats, les Qing, dernière dynastie étrangère, mandchoue, dernière dynastie tout court d’ailleurs, vont poursuivre la mise en chantier de ces ruelles mal coordonnées, mal entretenues, noires et campagnardes – la nuit en hiver on se croirait sincèrement dans un village de montagne – jusqu’a compter plus de 6000 de ces hutongs sur l’ensemble de la capitale à la chute de l’Empire en 1911.
Il en reste moins de 2000 aujourd’hui. Au charme éculé, repaire de vieux qui crachent leurs poumons en s’affrontant aux échecs chinois, de vendeurs ambulants et de boucheries à l’hygiène redoutable, ces hutongs ont été placés sur la liste noire du Parti et sont depuis quinze ans l'objet d'une destruction massive, dans toutes les villes du pays. Ils ne se répartissent plus qu’en quelques blocs, au fond du quartier musulman, derrière les murs Est de la Cité Interdite ou aux abords des Tours du Tambour et de la Cloche, anciennes horloges de la ville faisant par la même occasion office de vigie. C'est néanmoins toujours un plaisir que de s'y perdre, de retrouver un lac caché, un menu temple taoïste, ou simplement la porte monumentale d'une ancienne cour de nobles ou de riches négociants, toute de rouge peinte et fièrement gardée par un couple de lions ou de dragons. Si l'on s'aventure a pousser les battants, on découvre un arbre séculaire, un fatras d'échelles en bambou, une grand-mère qui balance un seau d'eau sur la poussière. La vie quitte peu à peu ces ruelles, et ceux qui restent là transpirent à la fois la pauvreté et la tristesse de voir partir en fumée – que dis-je, en HLM – ces quartiers qui ont fait leur enfance, leur histoire, leur mémoire.
Mais qui suis-je donc pour râler, pour réclamer un retour au passé, moi qui n’ai pas connu la glorieuse époque des marchés dans la rue, des rats et des WC publics – aujourd’hui encore une maison sur dix à peine est équipée ? Le progrès n’apporte-t-il pas avec lui l’hygiène, la commodité et la chaleur ? Certes, mais la rénovation est une alternative : j’en veux pour preuve que ma propre maison est située tout au fond d'une de ces cours, gardée non par un fauve mais par une grosse concierge chinoise a l'horrible patois Pékinois, cour qui n'a cependant d'authentique que la structure puisque près de la moitie de mes voisins, dans ce désormais surcoté Ju'Er Hu Tong, sont... européens. Le prix à payer, probablement.

Par Pablo Tullio

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Intemporalité – ou une Illusion du vieux Pékin

Croisé un jour, au cours d’une promenade en vélo dans les ruelles bordant le charmant lac Xi Hai – des hutongs, encore et toujours – un conducteur de pousse-pousse qui s’engueulait, hilare, avec un vieux ramasseur de bois. Ce dernier lui bloquait le passage de son vélo-charette à trois roues débordant de bûches mortes. Le passage était trop étroit, le pauvre hère ne parvenait pas à faire grimper son engin sur une stupide marche défoncée qui n’avait rien à faire là hormis prendre un malin plaisir à s’étaler au beau milieu de la ruelle ; le passager quant à lui, en l’occurrence une touriste chinoise d’âge incertain, s’impatientait dans son baldaquin rouge et jaune et envenimait le débat à coup d’interjections déplacées aux quelques riverains qui rentraient du marché, des poireaux plein le cabas. Le sol de terre battue, le grincement des véhicules ancestraux, les cris de la harpie qui paraissait vouloir invectiver tout le quartier – je me suis soudain cru propulsé cent cinquante en arrière, premier concessionnaire européen débarquant dans un Empire qui avait fermé ses portes aux étrangers près de trois siècles auparavant à l’avènement des Qing, et qui en tomberait des nues. Elles étaient donc là, les belles richesses contées du sieur Marco Polo ? Ca m’a bien fait marrer, j’ai pris mon mal en patience et mon vélo a fini par passer.
Quelques instants plus tôt, j’avais dépassé une barricade métallique derrière les cloisons de laquelle on apercevait un trou béant, prophète malgré lui d’une monstruosité prochaine, quelque nouveau supermarché d’un style brillamment stalinien, venant troubler deux fois la douce harmonie de la vieille ville. Sur la palissade, quelqu’un avait taggé deux personnages, d’un tracé fort simple mais imparable, dont on ne retenait qu’une chose : le désespoir, la tristesse, l’amertume. Une demi-lune orientée vers le bas en guise de bouche dans un rond qui marquait le visage; un dessin d’une simplicité d’enfant, explicite au possible. Les murs du futur bâtiment ne sont pas sortis de terre que déjà on regrette les précédents...

Par Pablo Tullio

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Jardins

Gong yuan – jardin public – ou Zhi wu yuan – jardin botanique ; en dépit ou plutôt par réaction à une pollution intenable, le Chinois, plus que jamais, s’éprend pour ce qui de tout temps fut sa passion : les jardins, les parcs, les coins d'herbe, les rochers dans un petit lac, la coupe des bonzaïs, le dressage des oiseaux siffleurs et des grillons. Toute la journée, c’est un défile de petits vieux qui s'en viennent effectuer quelques mouvements de tai ji quan ou de gymnastique brute, aérer un peu la fine cagette de bambou laqué où s’époumone un rossignol, échanger quelques notes de er hu, sorte de violon-crécelle à deux cordes, en chantant quelque air traditionnel de l’opéra de Pékin. Lieu hautement socialisateur, le jardin public permet aux familles de profiter d’un peu de verdure et de la fraîcheur de l’eau, aux jeunes amoureux de s’ouvrir à un romantisme candide que leurs parents n’ont pas su leur enseigner faute d'avoir pu le découvrir eux-mêmes, sous l'oeil bienveillant des plus anciens qui retrouvent pour quelques heures un camarade... au sens historique du terme ! Tous surtout, minots et grands-pères, adolescents principalement conscients des lacunes de leur hygiène de vie, tous viennent s’adonner au jian zi, sorte de badminton qui se pratique avec les pieds à la manière du foot-volley, à l’aide d’un gros volant multicolore dont les plumes s’arrachent au moindre impact.

Formidables lieux de vie, et formidables lieux tout courts, les parcs de Beijing sont innombrables et charmants, parfois majestueux comme ce lac Bei Hai et son immense pagode juchée sur un îlot, parfois d’une austérité et d’un abandon félins comme l’ancien campus du Collège Impérial où les oiseaux et les insectes jouissent d'une liberté totale entre ces stèles colossales et muettes gravées de haut en bas, en guise de bizutage, par les heureux candidats reçus au concours mandarinal.

Par Pablo Tullio

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Des caractères à coller partout - 1ère année

Les élèves de première année peuvent imprimer les caractères de la leçon 1.3 (p 73 du Manuel de Bellassen) en cliquant ici .

Bonnes révisions!

 

 

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Là-bas si j’y suis spécial Chine

Par Aurélie Croiziers

L’émission de France Inter nous présente une série d’émissions sur le thème de la Chine.
Contrastes
sociaux, miracle économique, construction du stade olympique, perte d’idéologie, transplantation d’organes, condition de vie des mineurs, Kung fu ou « maostalgie » : autant de sujets de société abordés par Daniel Mermet et Giv Anquetil lors de leur récent voyage en Chine.

Un regard différent, tendance « poil à gratter ». A découvrir sur le site des archives de l’émission.

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Ji : l'appareil à ...

Par Fanny Valembois

Connaissez-vous les multiples dérivés de "ji", qui signifie "un appareil"? Voici quelques exemples, avec la traduction littérale de chaque caractère : saurez-vous retrouver le sens de chaque mot?

Je vous propose de noter vos réponses dans les commentaires. Et si vous connaissez d'autres appareils farfelus, vous pouvez aussi les indiquer!

 

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ABCDaire de Pékin : Deux-roues


Pour la lettre D, j’ai hésité entre Démocratie et Dictature, puis, ne pouvant trancher, j’ai décidé de rendre hommage à celle qui seule possède le vrai pouvoir dans l'Empire du Milieu. Qui a dit un jour que la bicyclette était la petite reine de la Chine ? Que son nom mille fois soit sanctifié.

Celui qui ne sait pas pédaler n'a aucun avenir ici. Tout passe par le vélo et c'est bien amusant, même si au premier abord on pourrait croire le contraire tant l’automobile semble être en passe de s’imposer – notamment sur la route et par la force. En Chine comme ailleurs, elle constitue bien évidemment un produit d’appel majeur et un rêve pour toute la vaste mouvance de néo-consommateurs prétendant à une classe moyenne à laquelle ils n’ont pas encore accédé. Quoi de plus légitime que de revendiquer une voiture afin de bien se séparer de la masse des fauchés qui eux prennent le bus ? Certes, mais la totalité des voies sont déjà engorgées, la consommation de pétrole en Chine augmente dramatiquement (la dépendance aux exportations passe la barre des 60% cette année, un comble au pays de l’autarcie par excellence) et sept des dix villes les plus polluées du monde sont déjà chinoises ; Pékin la première qui, selon une étude à la fiabilité aussi exemplaire que la statistique de l'appareil gouvernemental chinois, présenterait un risque pour le quidam moyen équivalent à la consommation de 70 paquets de cigarettes quotidiens, loin devant Delhi et ses 35 paquets ou Milan et ses 17. Ca me parait légèrement démesuré comme analyse, mais à la vérité on s'époumone bien souvent lorsqu'on pédale sous la chaleur.

Heureusement, la pollution constitue quasiment le seul danger pour un cycliste ultra-protégé par le poids de l’histoire et les décisions municipales : voies praticables réservées aussi larges que la plus grande avenue de Pau, carrefours tenus de mains de maître par les coups de sifflets d'agents en casquette bleue et drapeau rouge, panneaux de signalisation et feux tricolores entièrement dédiés - le petit vélo clignote de l'orange vers le vert, c'est mignon tout plein.

Et puis surtout, le deux-roues est un outil de socialisation exemplaire. Fondu dans la masse des cyclistes qui progressent tous au même rythme, créant, comme le soulignait admirablement Guy Delisle dans son très drôle Shenzhen (éd. L’Association), un effet visuel saisissant, il n'est pas rare que l'occidental incongru soit abordé par son voisin le plus immédiat d'un retentissant Hello, qui ne laisse pas présager pour autant la moindre anglophonie de l'interlocuteur. Selon que l'étranger possède plus ou moins de bagage sinisant et en fonction des destinations de chacun, la discussion peut parfois se prolonger jusqu’au nombre d’enfants ou à la profession de l’indigène, rarement au-delà. Ce qui devient amusant, c’est de recroiser deux jours plus tard le même jeune papa, cette fois dans le bus, soudainement intimidé par des regards inconnus et qui s'en cantonne au Hello de rigueur précédemment évoqué.

 

Par Pablo Tullio

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Etudiants, avenir du monde


Un autre haut lieu du vélo est sans hésitation le quartier des universités et à plus forte raison le campus de la fac de Qing Hua. Si sa réputation de meilleure université du pays n’a pas encore trouvé écho dans la pratique qu'il m'a été donnée d'y exercer, celle qui lui attribue le plus grand campus de Chine est probablement fondée. Plus qu'une ville dans la ville, le terrain et ses innombrables bâtiments sert de cadre d'études et de vie à quelques 40 000 élèves du Bac au Doctorat, à tous les professeurs et à un personnel qui se compte par milliers. Dix-sept restaurants, des dizaines de commerces et supérettes, trois terrains de football, une salle de basket qui figurerait probablement, en terme de qualités d’infrastructures et de capacité, parmi les huit meilleures de notre Pro A française... Même un réseau de transports indépendants s’est développé en interne, avec un service de navettes et une économie souterraine de taxis à dix kuai qui vous mènent exclusivement à la porte principale du campus, là où les touristes venus des quatre coins de la Chine posent inlassablement devant la belle calligraphie qu'un quelconque maître a tracée lors de la création de l’université en 1907. Mais le moyen de locomotion par excellence est bien entendu le vélo, que j'étais probablement le seul à ne pas posséder lors des premières semaines, faisant de moi un paria, un gitan, un boulet que l'on traîne. Le sol légèrement en pente confère au rush du déjeuner - plus de plats à compter de midi trente - des allures de passage de col au Tour de France, dans une bonne humeur enfantine et décontractée.

Je ne m’épancherai pas davantage sur cette expérience de quatre mois ; le niveau - cours, professeurs, élèves - est sommaire, l'exigence académique proche du néant, l'ambiance heureusement conviviale au sein du programme international. La principale activité que je retiendrai de mes derniers mois d'étudiants aura été : prendre le vélo et aller s'engouffrer des brochettes et des bières en regardant le match.

 

Par Pablo Tullio

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