tchin-tchine au fil des jours : jeux chinois, articles, conseils de lecture...

La grande famine du President Mao

Un livre de Jasper Becker, Editions Dagorno
Chronique de Fanny Valembois

Jasper Becker, correspondant de presse en Chine pendant de nombreuses années, a été parmis les premiers à se pencher sur la famine qu'a connu la Chine dans les annees 1960, lors de la mise en place du Grand Bond en avant. Son ouvrage "la grande famine du Président Mao" aborde tous les aspects de ces années dramatiques, qui virent la mort de plus de 30 millions de personnes.

Becker replace la famine en Chine dans une large perspective historique, rappelant que si la Chine a connu de nombreuses et terribles famines, celles-ci étaient liées a des catastrophes climatiques, conjuguées à l'etat d'enclavement de la Chine, ainsi qu'à des périodes de troubles ou de guerre civile. Au-dela de son ampleur, la famine des années 1960 est donc exceptionnelle en ce qu'elle se produit en temps de paix, alors que le pays est unifié sous une direction unique et centralisée, et qu'aucun désastre climatique ne se produit.

Comment, dès lors, expliquer cette famine massive, alors meme que les greniers à grain de l'état étaient pleins, et que la Chine multipliait les exportations agricoles? Becker propose comme explication un systeme politique et idéologique qui, soutenant que la politique peut transformer la réalité, refuse de prendre en compte la situation des campagnes.

Avec la mise en place des communes populaires (collectivisation forcée de l'ensemble de la production agricole) et le développement des "petits hauts-fourneaux" destinés à doubler la production d'acier, le Grand Bond en avant a désorganisé l'ensemble de l'économie, entrainant une chute importante des productions agricoles.

A l'autre extremité de l'appareil socialiste, les dirigeants du Parti attendaient que les chiffres correspondent aux objectifs fixés par les plans quinquenaux et contestèrent tous les rapports qui indiquaient une baisse de ces chiffres. A tous les niveaux de l'Etat, les responsables locaux ont donc truqué les chiffres, entrainant une hausse des prélevements en grain destinés à l'exportation, et declenchant une famine sans précédent dans les campagnes.

Becker détaille les étapes de la famine, province par province, et en rappelle le caractere insoutenable, tels les aspects physiologiques de la dénutrition, ou la multiplication des cas de cannibalisme.

La dernière partie renvoie chacun à sa propre responsabilité, en rappelant que non seulement l'Occident a fermé (et ferme encore) les yeux sur cette famine gardée secrète, mais également qu'aujourd'hui, une famine de grande ampleur se déroule en Corée du Nord, dans l'indifférence générale. 

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Ile turquoise en mer chinoise

tchin-tchine on the road again

par Aurélie Croiziers et Fanny Valembois 

Je passe quelques jours dans l’île turquoise du Shandong, communément appelée Qingdao. Beaucoup la connaissent pour sa plus grande spécialité: la bière Tsingtao, importée ici par les Allemands lors de leur implantation coloniale au 19ème siècle.

La brasserie n’a pas été le seul apport allemand. Toute la ville est parsemée de demeures coloniales, et on croise cette architecture massive à tous les coins de rue. Elle tombe souvent en désuétude: curieuse appropriation des Chinois d’aujourd'hui qui semblent squatter ces maisons surdimensionnées ou qui occupent les rez-de-chaussée avec des bars-karaokés ou des entreprises... La présence de la mer rend Qingdao très agréable: l’air y est plus frais que dans l’intérieur du pays et une ambiance détendue règne dans ses rues. On est loin des pratiques balnéaires françaises, et badauds, touristes et petits vendeurs en tout genre sont là.

Des portions de plage sont aussi pratiquables pour de très belles balades. Le seul souci est que la ville est tres étendue. Partie en “tourisme expérimental” en prenant un bus au hasard, j’ai longé la côte pendant 3/4 d'heure sans sortir du tissu urbain! Mais la récompense était là: vaste plage de sable fin et mer miroitante à souhait, il a suffi de regarder vers le large pour apprécier le déplacement!

Qingdao a une taille moyenne et ses différents quartiers se parcourent à pied. Je préfère le vieux Qingdao et ses petites ruelles au nouveau quartier, plus riche et plus commercant mais également envahi de hauts buildings. Au contraire, les petites ruelles à proximité de la mer sont tres vivantes: petits métiers à même la rue, marché très varié et des plus animés, habitations mélânt le passé colonial à la débrouillardise contemporaine.


Qingdao est aussi réputée pour ses grands parcs. Derrière l'un d'eux, au sommet d'une petite colline, se niche le Zhan Shan Si, le grand temple bouddhiste de la ville. Tout autour du temple, des maisons cossues abritent une étrange concentration de cliniques et de dispensaires. De grands hôtels abritent les adeptes du tourisme médical qui s'y déversent par bus entier, pour se faire arracher une dent ou redresser une jambe. La présence du temple voisin améliore t'elle les résultats? Elle attire en tous cas mendiants et diseurs de bonne aventure, que je trouve ici en plus grand nombre qu'à Pékin : double visage de Qingdao, en lente décrépitude malgré les prochains JO qui s'y dérouleront...

 

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Là-bas si j’y suis spécial Chine

Par Aurélie Croiziers

L’émission de France Inter nous présente une série d’émissions sur le thème de la Chine.
Contrastes
sociaux, miracle économique, construction du stade olympique, perte d’idéologie, transplantation d’organes, condition de vie des mineurs, Kung fu ou « maostalgie » : autant de sujets de société abordés par Daniel Mermet et Giv Anquetil lors de leur récent voyage en Chine.

Un regard différent, tendance « poil à gratter ». A découvrir sur le site des archives de l’émission.

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Ji : l'appareil à ...

Par Fanny Valembois

Connaissez-vous les multiples dérivés de "ji", qui signifie "un appareil"? Voici quelques exemples, avec la traduction littérale de chaque caractère : saurez-vous retrouver le sens de chaque mot?

Je vous propose de noter vos réponses dans les commentaires. Et si vous connaissez d'autres appareils farfelus, vous pouvez aussi les indiquer!

 

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Etudiants, avenir du monde


Un autre haut lieu du vélo est sans hésitation le quartier des universités et à plus forte raison le campus de la fac de Qing Hua. Si sa réputation de meilleure université du pays n’a pas encore trouvé écho dans la pratique qu'il m'a été donnée d'y exercer, celle qui lui attribue le plus grand campus de Chine est probablement fondée. Plus qu'une ville dans la ville, le terrain et ses innombrables bâtiments sert de cadre d'études et de vie à quelques 40 000 élèves du Bac au Doctorat, à tous les professeurs et à un personnel qui se compte par milliers. Dix-sept restaurants, des dizaines de commerces et supérettes, trois terrains de football, une salle de basket qui figurerait probablement, en terme de qualités d’infrastructures et de capacité, parmi les huit meilleures de notre Pro A française... Même un réseau de transports indépendants s’est développé en interne, avec un service de navettes et une économie souterraine de taxis à dix kuai qui vous mènent exclusivement à la porte principale du campus, là où les touristes venus des quatre coins de la Chine posent inlassablement devant la belle calligraphie qu'un quelconque maître a tracée lors de la création de l’université en 1907. Mais le moyen de locomotion par excellence est bien entendu le vélo, que j'étais probablement le seul à ne pas posséder lors des premières semaines, faisant de moi un paria, un gitan, un boulet que l'on traîne. Le sol légèrement en pente confère au rush du déjeuner - plus de plats à compter de midi trente - des allures de passage de col au Tour de France, dans une bonne humeur enfantine et décontractée.

Je ne m’épancherai pas davantage sur cette expérience de quatre mois ; le niveau - cours, professeurs, élèves - est sommaire, l'exigence académique proche du néant, l'ambiance heureusement conviviale au sein du programme international. La principale activité que je retiendrai de mes derniers mois d'étudiants aura été : prendre le vélo et aller s'engouffrer des brochettes et des bières en regardant le match.

 

Par Pablo Tullio

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1986


Chronique d'Aurélie Croiziers

Ed. Actes Sud

1986 de Yu Hua est un livre difficile : il aborde un des sujets les plus sensibles de l’histoire chinoise contemporaine, la Révolution Culturelle.

Un enseignant est enlevé par les Gardes Rouges en 1966. Sa femme et sa fille ne le reverront plus. Elles reconstruisent alors leur vie avec un autre homme. 20 ans plus tard, l’ombre de ce premier père plane sur la ville : un étrange inconnu rôde en ville, des indices de plus en plus précis confirment qu’il s’agit de l’enseignant disparu. Cet homme aujourd’hui fou imagine des tortures sur les hommes qui l’entourent et il finit par se les appliquer à lui même.
Comment accepter ce retour du passé ? La femme n’y parvient, elle se mure dans la peur et le silence.

Ce roman est très dur : la description des tortures est très précise, parfois insoutenable. Sans doute une manière d’évoquer les souffrances subies pendant la Révolution Culturelle, souffrances peut être plus indescriptibles encore.
Une question primordiale est au centre de ce roman : comment se reconstruire après de telles épreuves ? Reste-t-il alors une place pour un retour éventuel du passé ? Pour Yu Hua, ce n’est pas le cas : le roman est une succession de contrastes saisissants entre la folie des uns et la volonté des autres à vivre dans la légèreté de l’instant et du bonheur retrouvé.

Comme dans Vivre ou le Vendeur de sang, Yu Hua aborde à nouveau un thème de la sombre histoire de la Chine. Comme l’écrit son éditeur français : « réécriture visionnaire de la révolution Culturelle, 1986 a d’emblée trouvé sa place parmi les grands classiques ».

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Pour un fils - Zhang Yimou

Nous évoquions la semaine dernière Cité interdite, la dernière super-production de Zhang Yimou. La sortie en DVD de "pour un fils" (titre français de 千 里 走  单 骑) est l'occasion de reparler de ce film magnifique, intime et sensible, dans un ton bien différent! Deux facettes de ce grand réalisateur...

Un film de Zhang Yimou (2005)
Chronique de Jacques Landrieux
 

Takata Kôichi (Ken Takakura) est depuis des années en froid avec son fils Kenichi. Un jour, il est contacté par sa belle fille Rie (Shibonu Terajima) qui lui annonce que Kenichi est gravement malade et qu'il réclame son père. Mais lorsque Takata se rend à Tokyo, il comprend vite que Rie ne lui a pas dit toute la vérité : hospitalisé, son fils refuse de le recevoir à son chevet. Rie remet alors à Takata une vidéo qui l'aidera peut-être à connaître enfin son fils. La vidéo contient un reportage sur un opéra chinois  filmé dans la province chinoise du Yunnan. Cependant, Kenichi n'avait jamais pu finir son projet. Takahata décide donc d'embarquer pour la Chine afin d'achever l'œuvre de son fils.

Avec pudeur et simplicité, Zhang Yimou s'attarde sur le fossé qui sépare les générations et tout particulièrement la difficulté à communiquer qui caractérise les hommes japonais de la génération de Takahata. Plongé dans un autre univers culturel, le vieil homme va se confronter à d'autres coutumes mais aussi à d'autres blocages. Si Riding Alone For A Thousand Miles montre du doigt l'autorité écrasante des plus âgés sur les plus jeunes dans les villages, ou encore la lourdeur bureaucratique de l'Empire du Milieu, Zhang Yimou rend aussi hommage à l'hospitalité et à la spontanéité naturelles des paysans chinois, toujours prêts à se démener pour aider un étranger dans sa quête, si personnelle soit celle-ci. Riding Alone for a Thousand Miles doit sa tonalité atypique aux nombreuses touches d'humour burlesque qui parsèment le film et apportent un juste contrepoids aux quelques passages plus mélodramatiques. Pour le rôle de Takahata, Zhang Yimou a fait appel au grand Ken Takakura qui délivre une prestation tout en retenue et incarne à merveille le Japonais traditionnel, acculé à faire face aux émotions qu'il a si longtemps réprimées.

Oeuvre méconnue de la filmographie du réalisateur de Hero, Riding Alone for a Thousand Miles offre un traitement original des retrouvailles entre un père et un fils. Zhang Yimou signe un film poignant, sincère et universel.

NB : le DVD (sous-titrage en anglais) est disponible dans la bibliothèque de tchin-tchine.
Je joins ma propre chronique dans les commentaires... n'hésitez pas à ajouter votre avis.

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La Cité interdite

Le dernier film à grand spectacle de Zhang Yimou, "Cité Interdite", est sorti mercredi 14 mars sur les écrans français.



Synopsis :

Chine, Xème siècle, Dynastie Tang. De retour à la Cité interdite après une longue absence, l'Empereur découvre qu'un complot se trame au coeur même de son palais. Les dangereuses alliances et les manipulations des conspirateurs n'ont qu'un seul but : prendre le pouvoir du plus grand Empire au monde. La trahison viendra de l'intérieur : une rébellion menée par la reine elle-même.

Vous pouvez regarder la bande annonce du film en cliquant ici.


Si vous avez vu le film, n'hésitez pas à nous faire partager votre avis en laissant un commentaire ou en nous envoyant une chronique!

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Exposition de Yu Zhu, « Peintures »

Par Aurélie Croiziers

Yu Zhu est un artiste chinois aujourd’hui installé à Toulouse. Après une double formation en peinture et en calligraphie en Chine, il suit des cours d’histoire de l’art en France et se forme là à la technique de la gravure.

Son inspiration est double : les paysages de son Guangxi natal et les montagnes pyrénéennes sont à la source de ses peintures.

Les tableaux présentés au centre culturel Henri Desbals jusqu'au 26 mars représentent la nature montagnarde à laquelle sont toujours mêlées des traces de vie humaine. Sur fond de montagne et d’eau, on devine une maison sur pilotis  ou une «chaguan» (maison de thé chinoise traditionnelle). En haut d’une montagne on aperçoit un berger et son troupeau…

La peinture de Yu Zhu n’est pas totalement figurative : le tracé précis du pinceau disparaît parfois au profit d’étalage de belles couleurs éclatantes. Jaune, rouge, vers ou bleu succèdent à d’autres toiles en noir et blanc : une large palette de couleurs qui ravit l’œil.

L’artiste travaille sur papier Xuan (papier en pâte de bambou extrêmement fin) avec de l’encre, des aquarelles mais aussi de la peinture acrylique qui sont parfois beaucoup diluées.

Une exposition d’une peinture pleine de vie qui aurait tout de même mérité un plus bel accrochage !

Infos : 05 34 46 83 25 / Centre culturel Henri Desbals / Entrée libre

 

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Les 14 Amazones

十 四 女 英 豪

Un film de Cheng Kang
Chronique de Jacques Landrieux

Pour ceux que ce type de cinéma intéresse, je signale la parution en DVD remasterisé du film « Les 14 Amazones » de Cheng Kang paru en 1972.

Ni film de « kung fu » ni film « wu xia pian » ce film est plutôt à ranger dans la catégorie des « péplums » pais des péplums chinois…

Il raconte l’histoire, à l’époque des Song, de 14 jeunes veuves de la famille Yang qui, pour venger la mort de leurs époux au combat contre les envahisseurs mongols, partent en guerre avec une poignée de soldats fidèles.

Après une longue introduction présentant chacune de ces dames – ce qui prend un certain temps car elles sont nombreuses – ainsi que Yang Wen-Kwan (Lily Ho), l'unique héritier mâle des Yang, le film nous emmène dans une traversée périlleuse à travers montagnes et forêts où des pièges ont été tendus aux amazones. Face à l'armée mongole, elles sont en nombre dérisoire, mais les héroïnes déjoueront pourtant tous les pièges pour parvenir jusqu'au palais – preuve qu'il ne faut jamais sous-estimer la fourmi qui s'attaque à l'éléphant.

Esprit guerrier et patriotisme sont à l'honneur dans cette aventure épique qui renouvelle du même coup le péplum chinois. La vengeance est un moteur incontestable dans la quête des héroïnes mais elle se retrouve très vite reléguée au second plan derrière le sens du devoir collectif et la nécessité de protéger le pays.

A ce titre cette légende est restée gravée dans la mémoire collective chinoise.

Les 14 Amazones est un bel exemple du divertissement populaire qui attirait le public chinois des années 70, friand des grosses productions Shaw Brothers. Certains passages d'anthologie sont même entrés dans la légende, comme la fameuse scène du "Pont Humain" au cours de laquelle les guerrières traversent le vide en formant un immense pont avec leurs seuls corps.

Ce film d'aventure ambitieux porté par un souffle épique et par des héroïnes charismatiques n'a pas perdu de son charme et mérite amplement sa sortie sur grand écran. La copie est superbe, pourquoi ne pas se faire plaisir ?

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Chinoiseries muséales

Par Aurélie Croiziers

 Le musée Georges Labit réunit à Toulouse des collections d’art d’Egypte et d’Asie : Inde, Japon et bien sûr Chine.Ici, pas le temps de se lasser : vu la petite taille du musée, une dizaine de vitrines est consacrée à la Chine. L’espace n’est pas surchargé et la muséographie y est claire et aérée.

Le choix du musée est de donner à voir un éventail le plus large possible d’époques et de régions asiatiques. On ne peut donc admirer que quelques pièces de chaque époque chinoise sur les 4000 ans d’histoire ici représentés. Ce panel d’objets principalement usuels et rituels s’étend des vases en poterie du néolithique aux fines porcelaines du XIXème siècle !

Si vous n’avez pas encore eu l’occasion d’aller voir l’armée terra cotte de Xi’an, vous aurez ici un premier aperçu de ces statues funéraires à visage humain qui accompagnaient les défunts dans l’au-delà.

Une belle collection de vases Qing (1644-1911) brille tant par son éclat que par le nom donné aux couleurs de ces fines poteries : « peau de pêche », « feuille de camélia »…

Avant d’aller voir la collection tibétaine bien fourni en patrimoine religieux, n’oubliez pas de contempler les armures de samouraïs japonais ou la momie égyptienne quadramillénaire !

Animations autour de la Chine :
conte merveilleux Un drôle de portrait le 13 mai,
Atelier terre les 4, 5 et 6 juillet.

La bibliothèque du musée rassemble ouvrages d’histoire et d’histoire de l’art, récits de voyage et catalogues d’expositions. Elle est ouverte à tous.

Infos : 05 61 14 65 50

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Un monde évanoui

Un roman de Yu Hua
Chronique de Aurélie Croiziers

Les deux récits rassemblés ici, « Erreur au bord de l’eau » et « Un monde évanoui », sont des intrigues où les meurtres côtoient le quotidien des personnages principaux.

Structure complexe, action, onirisme et fantastique y sont mêlés. Une question similaire unit ces deux polars : dans une atmosphère lourde et menaçante, qui sera la prochaine victime ?

Le premier récit est une enquête policière où un fou sème la terreur dans un village. Le texte commence sur un bon rythme, mais au fil des pages la chronologie devient pénible à suivre. Les personnages très nombreux sont parfois difficiles à cerner.

Le second récit est une succession d’aventures où imaginaire et réel se chevauchent. Les personnages sans nom, avec un simple numéro pour les désigner, se succèdent dans cet étrange univers où la mort et le rêve rythment la vie.

Yu Hua est né en 1960 à Hangzhou, au sud de Shanghai et vit aujourd’hui à Pékin. Il a été dentiste pendant 5 ans avant de commencer à écrire en 1983. Il a été considéré comme un écrivain avant-gardiste lorsqu’il est apparu sur la scène littéraire chinoise avec des récits comme Un Monde évanoui.

Il a aussi su explorer des types de narration différents. Le Vendeur de sang et Vivre !, son roman le plus connu, et adapté au cinéma par Zhang Yimou, se rapprochent du témoignage social et historique. Un style que je lui préfère largement !

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Un Homme bien sous tous rapports

Un roman de Chi Li paru chez Actes Sud
Chronique de Fanny Valembois

 

Chi Li est un des auteurs chinois qui me touchent le plus. Cette femme de cinquante ans, née à Wuhan, ville industrielle sans charme du centre de la Chine, parle avec finesse des désenchantements post-maoïstes.

J’avais beaucoup aimé Trouée dans les Nuages et Triste Vie, et j’ai découvert avec un plaisir renouvelé son dernier ouvrage, Un Homme bien sous tous rapports (éditions Actes Sud).

C’est un personnage masculin qui est au centre de son récit : Bian Rongda a connu toutes les étapes de la transformation de la société chinoise. Elevé dans un idéal communiste révolutionnaire, il se consacre avec sincérité à son emploi au sein de « l’association de souffleurs de verre », essayant d’oublier ses relations difficiles avec son père, paysan médiocre et cupide, avec sa sœur handicapée, avec la femme qu’il a épousé malgré lui.

Lorsque son emploi est supprimé, Bian Rongda perd tous ses repères. Autour de lui, c’est toute la société, tout le système économique qui se transforme, laissant peu de place aux exclus, aux nostalgiques et aux idéalistes. L’écriture, pleine d’allers-et-retours entre le passé et le présent, nous découvre les états d’âme de cet homme perdu et blessé, qui hésite entre un lâcher-prise mélancolique et une volonté de surmonter les épreuves pour retrouver sa fierté.

Un portrait sensible et émouvant, qui parle du désarroi de tout homme au sein d’une société parfois cruellement inhumaine.

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Carnet de voyage en Chine



Un Carnet de Simon,
Chronique d'Aurélie Croiziers

Simon est un carnettiste passionné des voyages, amoureux de l’Asie.

Ce livre est né de ses déplacements en 2000 et 2003 dans moult régions de Chine. La plupart de ses textes et dessins ont été écrits et croqués en route. Des « morceaux » de voyage les complètent : cartes, tickets de transports agrémentent les pages.

Le lecteur ne se sent pas égaré face à la densité du livre et à face à l’immensité des régions parcourues (de Pékin à Shenzhen en passant par le Guizhou et bien d’autres contrées encore) car le livre est bien légendé : on peut à tout moment se reporter à la carte dessinée en ouverture.

Le livre est aussi bien agencé : le grand format paysage permet une belle approche de l’univers de l’auteur, empli de belles aquarelles. Les textes sont poétiques et descriptifs. Dommage que l’écriture (à la main !) soit parfois difficile à déchiffrer.Simon a su saisir des instants de vie, pris sur le vif. Il est avant tout passionné par les gens. En couleur ou en noir et blanc, en peinture ou avec des mots, il porte un surprenant regard sur la complexité de ce pays. Il témoigne avant tout de la dualité, de la schizophrénie de la population chinoise.

On trouve aussi quelques notes d’humour et même parfois des signes d’engagement social ou politique. Un regard plus critique sur les effets du tourisme manque toutefois à certains moments.Le carnettiste a réussi le pari d’unir art et réalisme. Les dessins sont souvent des témoignages du quotidien chinois tout en étant mêlés à la poésie : l’imagination du lecteur a ici plus de liberté que devant un livre de photos.

 

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La ville de Pierre (Shitouzhen)



Un roman de de Guo Xiaolu paru chez Picquier
Chronique de Francis Lucas

A Pékin « cette capitale aride et tentaculaire », Jian Corail Rouge et Zhuzi habitent un petit appartement au rez-de-chaussée d’un gigantesque immeuble de vingt quatre étages « comme deux bernard-l’ermite dans une coquille qui n’est pas la leur ».

Leur petite vie ordinaire, sans véritables heurts ni grandes joies, est pourtant déstabilisée quand Jian Corail Rouge reçoit par la poste un colis en provenance de sa ville natale, Shitouzhen, contenant une longue anguille japonaise salée...

L'odeur prégnante du poisson envahit le petit appartement et l'esprit de Corail Rouge, éveille ses sens et sa mémoire : "si je n'avais pas reçu ce poisson séché, je n'aurais jamais entrepris de me remémorer cet endroit, cet endroit appelé Shitouzhen. Alors, tout a recommencé." 

Le lecteur navigue alors entre deux récits dissonants, celui de la vie urbaine, relativement paisible et morose, de la jeune femme, et celui de son enfance, passée dans "la ville de pierre", un port de pêche à l'atmosphère lugubre, balayé par les typhons, où la vie était rythmée par les départs et les retours (parfois incertains) des "mendiants de la mer", les pêcheurs.

Là-bas, dans cet autre temps, Corail Rouge était «Petit Chien», une orpheline, vivotant entre un grand-père et une grand-mère qui n'échangeaient plus un mot depuis des années. Elle se souvient de cette "vie antérieure", celle d'une petite fille frêle et noiraude, indifférente aux autres, qui rêvait d'une vraie famille et passait des heures à scruter la mer ; elle se souvient de l'unique sentiment qui avait dominé dans son cœur dès l'âge de sept ans : une honte indescriptible, irracontable, impossible à confier, provoquée par le harcèlement incessant et animal d'un homme terrifiant, aux gestes muets : "je devais rester prisonnière de cette terreur et de cette honte pendant plusieurs années".

Le charme de ce roman doit beaucoup aux évocations de cette pauvre existence et de cette enfance abîmée, aux descriptions de la vie quotidienne à Shitouzhen, empreintes de nostalgie et d'amertume. Cependant, au-delà de l'intérêt socioculturel ou civilisationnel de l'ouvrage, c'est la détresse, les traumatismes mais aussi la résilience d'une enfant qui forment le noyau dur de ces "mémoires". Dans le même temps, ce retour sur elle-même et son passé sont salvateurs et c'est sur plusieurs notes d'espérance que s'achève le récit, les épreuves endurées semblant comme transcendées par un retour à des sentiments humanistes.

Guo Xiaolu est née dans un petit port de pêche du sud de la chine en 1973. Elle est non seulement auteur de plusieurs romans, mais également scénariste, a publié des recueils d'essais et d'articles sur le cinéma, et réalisé plusieurs documentaires.

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