tchin-tchine au fil des jours : jeux chinois, articles, conseils de lecture...

Voyage au coeur des mythes chinois

#13 : Yi et les neufs soleils
Par Martine Rochot

 

 

Un seul des dix soleils travaille; n'entendant pas les conseils de sa mère, il souhaite que ses frères le rejoignent dans le ciel et quittent la mer.

yi et les neufs soleilsMais alors, comme ils se lèvent en même temps, la lumière devient trop forte; c'est une catastrophe pour les paysans: les cultures meurent de sècheresse, les pierres deviennent chaudes, l'or et l'argent fondent, les animaux féroces sortent des forêts; les eaux sont trop chaudes et les poissons sortent et mangent les populations; le monde est sens dessus dessous.

L'empereur Yao, successeur de Diku, est sage. Chaque jour il prie et demande l'aide du ciel qui l'entend et lui envoie Yi, homme jeune et courageux qui descend sur terre avec sa femme, la belle Chang é.

Yi a un visage de jade, des yeux comme les étoiles, le dos du tigre et les bras de l'orang outang; dans  la main il tient un arc rouge et des flèches blanches.

Il va chez Yao et avec son aide tire des flèches sur les 9 soleils qui éclatent en morceaux en faisant un grand bruit.

Les soleils deviennent 9 corbeaux d'or à 3 pattes. Ce sont les âmes des soleils.

Des morceaux très chauds de soleil tombent dans la mer de l'est; ils forment de la vapeur qui monte dans le ciel froid, créant  la pluie et l'humidité indispensables aux cultures.

Il  reste encore un soleil. Yao demande à Yi de ne pas le tuer, afin qu'il y ait de la lumière et de la vie. Yi accepte et voilà pourquoi il n’y a qu’un seul soleil!

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Voyage au coeur des mythes chinois

#12 : Kuafu court après le soleil....
Par Martine Rochot



...mais ne réussit pas.

Kuafu est un géant qui habite les montagnes.

Il aime les serpents: il en a deux jaunes en boucles d'oreilles, et deux dans les mains.

Il est grand et simple d'esprit.

Il remarque que le soleil se lève et se couche mais il voudrait que la lumière soit permanente et que le soleil ne se couche pas.
Il note aussi des tâches noires sur le visage du soleil et veut qu'il se lave pour les effacer.
Il voudrait aussi que la chaleur soit toujours la même et abolir les saisons.

www.tchin-tchine.comAlors il prend son bâton et décide de suivre le soleil.
Le soleil avance doucement, tourne la tête et voit le géant; il appelle sa mère; elle donne un coup de fouet et les 8 dragons avancent plus vite; Kuafu doit courir.

Petit à petit, il se rapproche et rentre dans les rayons du soleil; il est entouré par la chaleur et la lumière.

Heureux, il embrasse le soleil. Mais il a trop chaud, très soif, il a perdu toutes ses forces.

Il court au bord du fleuve Jaune (Huang hé) et l'aspire d'un seul coup. Le fleuve est à sec.

Il a encore soif et boit aussi le fleuve Weihé (près de Xian).

Il a toujours soif et va vers l'ouest boire le lac Daze (serait-ce le lac Qinghai? car il est au nord-ouest de Yanmenguan dit le Shanhaijing).

Quand il arrive au lac il est si fatigué qu'il tombe et perd connaissance; la lumière éclaire son visage mais il ne peut ouvrir les yeux; il est mort.

Son bâton devient une étendue de pêchers très robustes qui donnent beaucoup de fruits.

C'est le cadeau laissé par Kuafu aux voyageurs: de l'ombre pour se reposer et des fruits pour calmer la faim et la soif.

Kuafu reste dans l'esprit chinois comme le type même de l'idéaliste (lixiang zhuyi zhe).
 
Prochain épisode : l'histoire de Yi et des neuf soleils 

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#11 : Les femmes de l'empereur Diku
Par Martine Rochot

 

empereur dikuZhuanxu est mort; il est enterré avec ses 9 femmes  dans la grande montagne du Nord (Dahuangshan). Selon les régions on dit  il s'est réincarné en poisson ou en serpent.

Son cousin lui succède. C'est Diku, le troisième Empereur, un arrière petit-fils de Huandi. Il est exceptionnel: sa mère accouche sans même se réveiller. Dès sa naissance il sait dire son nom, à 15 ans il seconde Zhuanxu. Il dirigera son peuple avec mesure et vertu durant les 70 ans de son règne.

Il a plusieurs femmes:

La première est Jiangyuan. En marchant sur l'empreinte du pas d'un géant, elle tombe enceinte et a un fils Houji, ancêtre (dans 16 générations) de la dynastie Zhou, fondée par  Wenwang.

La seconde est Jiandi. Un jour, elle rencontre une hirondelle (yanzi), gobe son œuf. C'est ainsi qu'est conçu son fils Xie; il sera l'ancêtre (dans 14 générations) de la dynastie Shang fondée par Cheng Tang (Tang le Victorieux).

La troisième, Qingdu, aperçoit un dragon alors qu'elle contemple le fleuve Jaune; émue, elle tombe enceinte et 14 mois plus tard accouche d'un fils; son nom est Yao, il sera le quatrième Empereur.

La quatrième s'appelle Changyi; elle a un fils Zhi, lui aussi un héros.

La cinquième femme est  Xihe, la déesse du soleil; elle a 10 fils qui sont aussi 10 soleils.
Elle habite avec eux dans la mer de l'Est. Les soleils se baignent à l'est dans la Vallée Bouillonnante qui est une mer très chaude ; au milieu de cette mer poussent deux muriers aux racines entrelacées : Ils se nomment Fusang (c'est le nom poétique du Japon).

Quand 9 soleils restent sur les basses branches, le 10ème peut accéder au faîte du murier et  partir seul sur le char (Taiyang che) conduit par sa mère et tiré par 8 dragons. Chaque jour il accomplit un périple immuable, s'arrêtant 12 fois pour se reposer.
Le soir, la mère rentre seule sur les nuages avec le vent et les étoiles

 

 Prochain épisode : Kuafu court après le soleil...

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Voyage au coeur des mythes chinois

#10 : Gonggong, fâché, cogne le mont Buzhou
Par Martine Rochot

Gonggong est le descendant de Huandi.
Il est monstrueux, c'est un serpent à tête humaine. Ses cheveux sont rouges.
Il bat le rappel de ses amis pour combattre Zhuanxu et ils font le serment sous le soleil de le renverser.

Zhuanxu a entendu parler de cette révolte mais il ne craint rien car il est soutenu par de petits royaumes avec à leur tête des rois féroces.
Il y a Taifeng qui a une queue de tigre et une tête d'homme avec des rayons de lumière qui sortent de ses yeux ; il y a Jimeng qui se sert de l'orage pour se déplacer et Jiaochong qui a deux têtes.
Ils sont forts et tuent beaucoup de partisans de Gonggong. 
Zhuanxu gagne du terrain et Gonggong doit reculer jusqu'au mont Buzhou. Il est perdu car il n'a plus avec lui que 13 partisans à cheval.
C'est alors que dans sa fureur, il frappe le mont Buzhou avec sa tête.  C'est une montagne importante car c'est un des piliers du ciel. Après le coup porté par Gonggong le sommet du mont s'effondre et le ciel s'incline du nord-ouest au sud-est.

C'est le déluge, le grand chaos.
La Chine change et devient telle qu'on la connaît aujourd'hui: les montagnes sont à l'ouest et les rivières coulent d'ouest en est ; comme avant Zhuanxu, les planètes recommencent à tourner et il y a à nouveau de la lumière dans le sud. 
Cette histoire du déluge, commune à bien des civilisations,  est une des plus célèbres des mythes fondateurs.  Il y en a de nombreuses versions dont celle annexe que nous avons relatée de Nügua qui rapièce le ciel.

Gongong est l'archétype du héros que se sacrifie pour le bien de l'humanité.
Mais Gonggong est-il mort dans cet acte héroïque ?

Le Shan Hai Jing ne le dit pas mais Mao Zedong a pris parti dans un de ses poèmes du printemps 1931 :
Contre la première campagne d'encerclement et d'anéantissement,

il écrit:
Ouvriers et paysans se lèvent par dizaines de millions,
Armés de la même volonté :
Au pied du mont Buzhou, les drapeaux rouges se déchaînent.

A la fin du poème, Mao a ajouté cette note: Gonggong est actuellement un héros victorieux, soutenu par son indignation il a cogné le mont Buzhou. Mais Gongong est-il mort? Je ne le pense pas. Apparemment non. Gonggong a été le vainqueur final.

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#9 : Zhuanxu, successeur de Huangdi
Par Martine Rochot

zhuanxuZhuanxu qui est l'arrière petit fils de Huangdi, est le second des cinq empereurs originels.

Pour honorer la mémoire de Huangdi, Zhuanxu ordonne à huit dragons de chanter en imitant le vent et à huit crocodiles de battre leur queue pour imiter le son du tambour.

C'est depuis ce temps que les tambours faits en peau de crocodiles sont les plus précieux !

Selon le Shan Hai Jing, Zhuanxu est laid, autoritaire et cruel.

Ses actions vont semer le désordre dans le monde :

Il ordonne que les étoiles, la lune et le soleil ne bougent plus dans le ciel et n'éclairent plus que le nord de la Chine, le sud tombant ainsi dans l'obscurité et la misère.

Il coupe aussi les relations entre le ciel et la terre : auparavant, il suffisant d'escalader les montagnes et de grimper aux échelles pour que les deux mondes soient en contact. Maintenant les dieux doivent utiliser la brume et les nuages pour aller sur terre et les humains faire des prières pour être entendus des dieux.

Depuis ce temps, les dieux ne s'occupent plus de la vie misérable des peuples.

Zhuanxu a 9 épouses et de nombreux enfants.

Pour gouverner il s'appuie sur ses fils.

Certains sont des diables (gui erzi):
Il y a le diable de la malaria qui habite dans le Yangze et transmet la maladie aux populations de la région, il y a aussi celui qui attire les gens dans l'eau ; c'est le diable de la rivière et celui qui fait peur aux jeunes garçons dans les maisons.

zhuanxuCertain de ses fils sont des shen erzi, des animaux sauvages et des esprits qui troublent la vie des peuples.

Maintenant à cause de Zhuanxu, la Chine est en profond désordre et Gonggong, le dieu de l'eau va mener l'insurrection.

Prochain épisode : Gonggong, fâché, cogne le mont Buzhou.

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#8 : Huangdi domine la Chine
Par Martine Rochot

huangdiHuangdi domine le monde : il a tué Chiyou, coupé la tête de Xingtian et soumis les population. Yandi est cantoné au sud du Yangze.

Il a unifié 81 petits pays avec leurs rois. 
Huangdi est l'Empereur du milieu, il est le symbole de la terre (tu).

Il a nommé Yandi Empereur du Sud qui règne sur l'été, le feu et le rouge. Il est symbolisé par le phénix.
Il a nommé Fuxi à l'Est. Fuxi s'occupe de la chasse et de la pèche, des plantes et médicaments. Il règne sur le printemps, le bois, la couleur bleue. Le dragon est son emblème.
L'Empereur de l'Ouest est Shaohao, symbolisé par l'automne, l'or, le blanc et le tigre blanc.
Zhuanxu a été nommé Empereur du Nord, symbolisé par l'hiver, l'eau, le noir et un animal mi-serpent, mi-tortue.

Huangdi est le maître du monde et pour la grande célébration où l'on doit l'honorer et faire allégeance il a inventé 10 partitions de musique.

Huangdi veut aussi contrôler les diables (gui) qui vont et viennent aux frontières.
Comme il y a de bons et de mauvais diables,  il a nommé les deux frères Shenshu et Yulü pour les contrôler.  Ils vivent dans une île de Dong Hai (la mer de l'est) sur laquelle il y a un très grand pêcher dont les feuilles couvrent 30 000 li.
Au nord du pêcher, c'est la frontière avec le monde des diables, les enfers.

Shenshu et Yulü habitent sur le pêcher. Leur travail consiste à attraper les mauvais diables, les ficeler avec des cordes de roseaux et à les jeter aux tigres.

Ce sont les représentations de  Shenshu et Yulü que l'ont voit encore de nos jours placardées sur les portes de Chine. Ils gardent les maisons pour éloigner les mauvais esprits.

shenshu et yuluHuangdi a bien administré la Chine. Comme sa politique était très souple, sans impôts ni obligations, on l'a assimilé (plus tard !) à la théorie de Laozi « wuwei ».  D'où l'expression « Huanglao zhi shu » : l'art d'administrer de Huangdi et Laozi.

Maintenant Huangdi est vieux et fatigué. Il veut se retirer.
En  souvenir et symbole de son pouvoir, il fait fondre un vase à trois pieds (ding)
Le jour où le tripode est réalisé, il réunit sa cour.  Dans le ciel un dragon vole et descend auprès de Huangdi. L'Empereur grimpe sur le dragon en s'accrochant à ses longues moustaches et part dans le ciel.  Certaines femmes et ministres arrivent à monter avec lui mais d'autres n'y arrivent pas et se mettent à pleurer tant et si bien que leurs larmes deviennent un lac qui monte et submerge le tripode créant le lac Dinghu.

Prochain épisode : Zhuanxu, successeur de Huangdi.

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#7 : Xingtian, le géant sans tête
Par Martine Rochot

Huangdi a gagné la guerre, Chiyou est mort. Mais dans le clan de Yandi il reste un général qui décide de continuer le combat contre Huangdi.

C'est Xingtian. Il a un bouclier dans la main gauche et une hache dans la main droite.

Il sait qu'il est moins fort que Huangdi mais n'hésite pas à l'affronter et en allant à sa rencontre il tue beaucoup de soldats de Huangdi.

Dans le combat avec Huangdi il n'y a pas de vainqueur mais Huangdi est le plus rusé :

Pour détourner l'attention de Xingtian, il appelle 5 généraux à la rescousse ; Xingtian se retourne et Huangdi lui coupe la tête. En tombant elle fait un trou dans la terre et Xingtian cherche sa tête pour reconstituer son corps. Alors Huangdi donne un second coup d'épée qui fend une montagne, la tête roule en son milieu et la montagne se referme.

Xingtian n'a plus de tête mais ne meurt pas et refuse de se soumettre.

Ses deux seins deviennent des yeux et son nombril se transforme en bouche.
Ses yeux sont brillants mais ne peuvent pas voir et sa bouche chante des chants de combat.

Il symbolise le refus de soumission.

Prochain épisode : Huangdi domine la Chine

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#6 : la guerre entre Huangdi et Chiyou
Par Martine Rochot

chiyouChiyou est membre de la tribu de Yandi ; il est aussi son ministre.
C'est un dieu de la guerre particulièrement effrayant : il est très grand, sa tête est en bronze, il a 4 yeux et des cornes ; ses dents sont si dures qu'il se nourrit de cailloux.  Il a un corps humain avec des ailes et des pattes de bœuf.
Surtout il a 81 frères qui sont comme lui grands et terribles.

Mais, avec Yandi, Chiyou a perdu la guerre contre Huangdi qui l'a fait prisonnier. Honte suprême, il doit marcher devant Huangdi au défilé de la victoire qui a lieu à Taïshan.  Huangdi parade sur un char tiré par des éléphants; il est accompagné par 6 dragons précédés d'un oiseau à une patte.
Quelle honte ! Chiyou veut se venger. Grâce à ses amis Feng (vent) et Yu (pluie) qui vont l'aider, il réussit à s'évader pour combattre Huangdi et laver cet affront.

Comme Yandi est très vieux et ne veut plus faire la guerre, Chiyou va donc la faire seul, aidé de ses 81 frères et allié aux Miaos.

Depuis son palais des Kunlun Shan, Huangdi méprise et sous estime Chiyou. Il ne lève qu'une armée 30 000 hommes pour le combattre.
Chiyou use d'un stratagème : ses amis Feng et Yu créent un immense et épais brouillard ;  les hommes de Chiyou se cachent et attaquent pendant 3 jours et 3 nuits. Les gens de Huangdi sont perdus !
C'est sans compter avec l'intelligence de Huangdi qui, grâce à son garde qui lui trouve un aimant,  invente la boussole qui indique le sud. (Zhinanren ou zhinan che).
Huangdi peut s'échapper mais il a perdu la moitié de ses soldats.

Pour donner le coup de grâce à Chiyou, Huangdi invente un tambour de guerre dont le son fabuleux l'empêche de voler et de se sauver. C'est ainsi que Chiyou est tué.

Cet épisode de la guerre entre Huangdi et Chiyou est très connu et sujet à de nombreuses versions suivant les sources.

Prochain épisode : Wutou, le géant sans tête

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#5 : La guerre de Yandi et Huangdi
Par Martine Rochot


Cinq Empereurs  (wu di) vont succéder aux trois Augustes.
Mais ces Empereurs mythiques n'ont rien à voir avec les Empereurs historiques chinois.  Ce titre d'Empereur a plus tard été usurpé par les rois Shang (1700-1100 av JC).
De plus, à partir de l'unification de la Chine par l'Empereur Qin (Qin Sihuangdi), fondateur de la dynastie Han (226 -220 av JC),  les Empereurs de Chine se décrètent  « les Fils du Ciel ». 

Gommant certains aspects des récits mythiques, l'historien  de l'époque Han, Si Maqian, décrira les Empereurs légendaires sous les traits de sages occupés à bien gouverner leurs sujets, les Empereurs historiques s'en attribuant les qualités. Les « empereurs communistes » prétendent eux aussi entrer dans cette lignée des dirigeants éclairés.

Le Shan Hai Jing, lui, montre un monde antique et des Empereurs non pas bien présentables, mais archaïques et fantastiques.


La guerre de Yandi et Huangdi

Huangdi est demi frère de Yandi : ils ont le même père.
Mais l'un, Yandi représente le feu, et l'autre,  Huangdi représente la terre.
Huangdi est « celui qui est jaune » en chinois.
En effet, au soleil, il peut devenir doré; c'est aussi la couleur de la plaine de loess, berceau de la Chine.
Il ne faut donc pas confondre Huangdi avec le titre d'«Empereur » qui se prononce de la même façon mais s'écrit différemment. 

Huangdi a 4 visages pour voir dans les 4 directions, tout savoir et diriger son peuple.
Il peut aussi se transformer en Hundun (Huangdi bian Hundun). Alors son corps a 6 pieds, 4 ailes et pas de tête !
Ces transformations signifient qu'il peut être très intelligent (4 visages) mais aussi sans vie, sans tête et ne s'occuper de rien.
Elles sont le reflet des idées des anciens chinois sur les contradictions du monde et les adaptations nécessaires.

A 15 ans Huangdi est chef de tribu. Il aura 25 garçons dont 14 deviendront chefs de tribu.
Il est très intelligent : il invente la roue et la charrette; on l'appelle donc aussi xuanyuanshi (monsieur voiture).
Il invente aussi la lance et le bouclier ainsi que l'art de la guerre car il lui faut acquérir des territoires et les protéger.  Il dresse des tigres et des léopards pour le combat.

C'est ainsi que l'empereur Yandi et Huangdi se font la guerre à Banquan (dans l'actuel Hebei).
Yandi est soutenu par la tribu des Miaos et au bout de  trois combats acharnés,  Huangdi est vainqueur.
C'est le nouvel Empereur, l'Empereur Jaune, et Yandi se retire désormais au sud du fleuve jaune.


Prochain épisode : la guerre entre Huangdi et Chiyou

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#4 : Nuwa et l'oiseau Jinwei  
Par Martine Rochot


www.tchin-tchine.comNûwa est la fille de Yandi, dieu du soleil ; elle aime la mer et les coquillages...
Un jour, imprudente, elle se promène sur un récif et est emportée par les vagues.
Après sa mort, elle se transforme en un bel oiseau au bec blanc, avec des pattes rouges et une tête multicolore : c'est l'oiseau Jinwei.

Cet oiseau hait tellement la mer qu'il n'a de cesse de la combler de petits cailloux (xiao shitou) et Jingwei est surnommé l'oiseau de volonté (zhi niao).

Cette belle histoire est très célèbre en Chine.
Elle a une double morale : 
Elle met en garde les jeunes filles contre les dangers de la mer mais elle souligne aussi à l'instar de Jingwei, l'esprit volontaire des Chinois qui n'ont de cesse de travailler.
On raconte aussi que pour Confucius il fallait, comme Jingwei, continuer d'agir même sans espoir de réussite...mais Confucius connaissait-il cette légende ?
Quant à Luxun, il a  écrit dans un article « l'Espoir » qu'il faut, comme Jinwei lutter jusqu'à la mort.

 

Prochain épisode : la guerre de Yandi et Huangdi

 

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#3 :  Yandi, dieu du soleil
Par Martine Rochot

Yandi, qui est  parfois appelé Chidi (Empereur Rouge), est le dieu du soleil et du feu.

Sa mère l'a conçu en apercevant un dragon alors qu'elle se promenait dans la montagne. Il s'agirait du mont Changyang près de Baoji au Shaanxi.

Avec une telle ascendance Yandi ne pouvait qu'être hors du commun : il parlait 2 heures après sa naissance, marchait à 5 jours, avait 28 dents à une semaine et il labourait la terre à 3 ans !
Il a un corps d'homme et une tête de bœuf mais on le représente aussi avec simplement deux cornes. Il est vêtu d'une tunique verte et d'une robe blanche.
Dans la main gauche il tient un rameau de bois immortel et lumineux dont il se sert comme d'un fouet pour chasser le soleil devant lui. On dit aussi qu'il l'utilise comme plumeau pour épousseter le soleil quand il est terni par le brouillard ou les nuages.
Dans la main droite il tient un arc pour abattre le loup céleste.

Fuxi avait appris aux hommes la pêche et la chasse, Yandi leur apprend l'agriculture d'où son nom divin d'Empereur des cinq graines ou Ancêtre des champs.
Le mythe de Yandi pose le fondement agraire de la civilisation chinoise et du culte qui lui est toujours voué dans la Chine agricole. 
Yandi a aussi découvert le thé et les vertus médicinales des plantes; c'est le dieu des médicaments.

Dans les divers récits mythologiques chinois, Yandi est souvent assimilé à Shen Nong qui porte dans la main un épi de riz. Les deux mythes et les deux cultes se confondent.

Dans le Hubei, il y a une Montagne de Shennong (Shennong Jia Shan), sauvage et mystérieuse...on dit même qu'elle abrite des yétis !

Au sud du district de Yanling (Hunan) on peut visiter la tombe officielle de Yandi. Construite en 967, elle comporte deux calligraphies : « Tombe de Yandi, Shennong » écrite par Hu Yaobang, secrétaire général du CCPCC  ainsi que «Yandi» par Jiang Zeming son successeur, montrant ainsi la lignée symbolique des pouvoirs en Chine.

Fuxi, Nugua et Yandi (Shen Nong) dont nous venons de faire la présentation dans ces trois premiers épisodes sont les trois Augustes (san huang), héros civilisateurs, fondateurs de la civilisation chinoise.


Prochain épisode : Nüwa et l'oiseau Jingwei

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Voyage au coeur des mythes chinois

#2 :   La création des hommes par Nugua et Fuxi
Par Martine Rochot


www.tchin-tchine.comNugua (ou Nü-wa) et Fuxi sont frère et sœur. Ils ont un visage humain mais un corps de serpent.

C'est à Nugua que l'on prête, dans la version la plus courante, la création des premiers humains.

Un jour, alors qu'elle se repose au bord de l'eau, elle prend de la glaise et la pétrit ; elle en fait des personnages à son image, mais au lieu de la queue de serpent elle façonne deux jambes, et leur donne la vie.

Pétrir la terre est fatigant, alors Nugua a recours à une corde qu'elle trempe dans l'argile et secoue ; chaque goutte qui touche le sol se transforme en humain. A la différence de ceux qu'elle a pétri elle-même et qui deviendront des nobles, ceux qui sont issus de la corde deviendront des pauvres et des humbles.

Nugua et Fuxi sont frère et sœur mais aussi amants. Leurs corps de serpent sont représentés enlacés, signe de leur relation sexuelle car on dit aussi que, seuls survivants du déluge, ils repeuplèrent la terre.

Non seulement Fuxi et Nugua peuplent le monde, mais encore ils apportent leur savoir aux hommes : Nugua dompte les bêtes sauvages et apprend aux hommes à irriguer ; Fuxi à pêcher et chasser. Elle invente la flûte et lui la cithare, et surtout Fuxi conçoit, à partir des trigrammes, la base de la divination taoiste, le ba-gua .

Fuxi est représenté portant une équerre (), Nuwa avec une règle (gui), d'où l'expression : "méiyou guiju, bù chéng fang yuan", sans règle ni équerre on ne peut construire le carré et le rond.


Nugua a aussi sauvé l'humanité :

A la suite de la guerre entre le capricieux dieu des eaux, Gonggong, et Zhurong le dieu du feu, Gonggong est battu. Dans sa fureur il brise le mont Buzhou, une des quatre colonnes qui supporte le ciel. La colonne brisée, un pan de ciel s'effondre et laisse un grand vide. La terre se fissure, les eaux jaillissent des profondeurs du sol causant de graves inondations.

C'est un grand chaos, le ciel s'affaisse vers le nord-ouest, la terre bascule au sud-est, les rivières et les fleuves s'écoulent dans cette direction... Nugua ramasse alors des pierres dans la montagne et rapièce le ciel avec 36 500 cailloux de couleur qu'elle fait fondre en un mortier pour boucher le trou céleste.

L'humanité étant sauvée, Nugua se retire dans le ciel.

Mais de tous ces cailloux de couleur, il reste sur terre un caillou de jade qui sera, en un temps lointain, incarné en humain. C'est Jia Baoyu (Trésor de Jade), personnage principal du Rêve du Pavillon Rouge.



Prochain épisode : Yandi, dieu du soleil

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Voyage au coeur des mythes chinois

#1 : La création du monde par Pangu
Par Martine Rochot


Le voyage au coeur des mythes chinois que je me propose de vous raconter par épisodes est le fruit de la rencontre avec mon amie Wang Yé.  Professeure de chinois, Wang Yé parle le français et l'italien et a longtemps enseigné sa langue aux étrangers de passage en Chine.

Femme libre, critique et enthousiaste, c'est une lettrée, amoureuse des livres et nourrie de littérature et de tradition.  Elle m'enseigne le chinois mais aime aussi parler de sa Chine, celle des grands hommes et des écrivains (Shen Congwen et Luxun, nos favoris), mais aussi cette Chine éternelle que nous aimons dénicher et nous décrire à l'issu de nos voyages respectifs.

Dans son appartement pékinois plein de livres, au 12ème étage d'une tour, pendant six ans, nous avons  conversé au-delà des cours autour d'une tasse de thé.

Un jour, elle me raconte le mythe chinois de la création du monde:

 

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Au commencement le ciel et la terre sont intimement mêlés ; c'est un magma (le Dao?qui a la forme d'un oeuf.  A l'intérieur nait Pangu. Il dort et grandit pendant 18 000 ans et quand il se réveille, il prend une hache et casse l'oeuf.

Ainsi s'élève ce qui dans l'oeuf est léger. C'est le ciel, yang.

Ce qui est lourd descend. C'est la terre, yin.

 

Voici l'origine du ciel et de la terre avec Pangu en son milieu. Il a peur que le ciel ne lui tombe sur la tête alors avec sa hache il coupe les derniers liens entre ciel et terre.

Pangu est un géant qui grandit de plus en plus, poussant le ciel et la terre loin l'un de l'autre, jusqu'à 90 000 li.

Fatigué, il meurt...

Alors ses mains, ses pieds et son corps se transforment et deviennent les 5 montagnes sacrées,

son souffle devient vents et nuages,

sa voix devient tonnerre,

son oeil gauche devient le soleil, son oeil droit la lune,

son sang donne les  grands fleuves, le Yangzi et le Fleuve jaune;

ses cheveux et sa barbe deviennent étoiles,

son pouls donne les chemins, sa peau les fleurs, les herbes et les arbres,

ses os et ses dents les métaux et sa sueur devient rosée.

 

Dans le Panthéon chinois, Pangu est une figure généreuse qui a donné son corps pour le bien de l'humanité.

 

 

Après ce récit tiré des croyances populaires, Wang Yé me propose d'aller plus loin dans la connaissance des légendes et des mythes avec le Livre des Monts et des Mers (Shan Hai Jing).

 

Fait de 31 000 signes, c'est le classique des mythologies, fait de récits fondateurs, de légendes et de mythes.  Mais le Shan Hai Jing est plus riche qu'un simple recueil de légendes car il traite aussi de l'histoire, de la géographie, des populations, de la faune et de la flore de la Chine ;

La légende dit que l'empereur Da Yu, (Yü le Grand), 2 100 ans av JC, a écrit le Shan Hai Jing avec l'aide de son assistant Boyi.  Or c'est impossible puisque les premières formes d'écriture en Chine ne sont apparues qu'aux environs de 1 500 ans av JC. 

On sait maintenant qu'il a été écrit pendant les Royaumes Combattants (475-221 av JC) et remanié pendant les dynasties Qin et Han.

Déjà objet de recherches pendant les dynasties Jin, Ming et Qing, il a continué d'être un sujet d'étude et de réflexion pour Lu Xun, Mao Dun et le poète Wen Yiduo. 

L'universitaire contemporain Yuan Ke lui a consacré sa recherche et un ouvrage, Shan Hai Jing Jiaozhu. Quant à Wang Hongqi, il put à partir du Wu Shan Jing , une des sections du Shan Hai Jing, (le Livre des Cinq Montagnes sacrées) établir une géographie de la Chine ancienne.

 

Je vous propose donc une approche des mythes du Shang Hai Jing par épisodes successifs.

Prochain épisode : la création de l'homme par Nüwa et Fuxi.

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La forteresse de Jiayuguan

De zhangye à Jiayuguan, 5 heures de bus dévoilent un paysage uniformement sec et plat, morne plaine sableuse traversée par des cours d'eau asséchés, minuscules filets au milieu de leur ancien lit. La ville est elle aussi quasi désertique, inerte et vaguement lugubre sous la chaleur écrasante.

www.tchin-tchine.comNous arrivons juste à l'heure pour visiter le fort, apres la tombée des grosses chaleurs, alors que le flot de touristes est déjà reparti.

Juste avant le coucher de soleil : le moment idéal pour découvrir cette immense forteresse dont les couleurs de terre ocre offrent un beau contraste avec l'azur. Les murs, épais et hauts de plusieurs mètres, gardent plusieurs siecles de secrets... Les hautes tours, aux toits et boiseries joliement travaillés, surveillent le désert alentour : Jiayuguan est le dernier poste avancé de la Chine Han, au dela, c'est l'inconnu, l'aléatoire. Le Moyen-Orient, la route de la soie aussi : toute une promesse d'aventure que nous goûtons du haut des remparts.

L'ensemble de la forteresse offre un surprenant mélange de Chine et de Moyen-Orient : j'ai l'impression que deux mondes, deux cultures se rencontrent ici. La vue depuis les murailles massives est saisissante, il se degage une impression de force tranquille, immuable, et une grande beaute de l'architecture, des materiaux, des perspectives et des couleurs...

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Les temples de Mati Si

Nous sommes partis ce matin de Zhangye pour visiter le Mati Si, un important temple bouddhique de la region.

www.tchin-tchine.comArrives pile à l'heure à la gare routière, nous avons acheté sans problème nos billets, et trouvé facilement le bus. Nous étions donc relativement confiants dans nos chances d'arriver à destination... Malheureusement, après un départ fort ponctuel qui nous a confirmé dans nos espoirs, nous avons assistés impuissants à la ronde du bus, qui a parcouru en première les rues de la ville jusqu'à ramasser assez de monde pour remplir tous les sièges... Une bonne demie heure de retard au depart, puis une autre demie heure lorsque nous arrivons dans un village paumé, où nous faisons une halte avant de faire... demi tour??? Finalement nous arrivons à l'entrée du temple avec une heure de retard, certes, mais nous y sommes arrivés!

La zone qui abrite le temple et les grottes bouddhiques est immense, vallonée et arborée. Nous commencons la visite par un petit temple tres nettement tibétain, avec ses moulins à prière, ses drapeaux, sa roue de la loi entourée de deux biches en or...

www.tchin-tchine.comUn peu plus loin, au dessus de deux gros stuppas, un escalier terrifiant permet d'accéder à un point de vue. Il faut d'abord se trainer jusqu'au sommet des 900 marches.... une véritable épreuve! Mais d'en haut, on découvre toute la région, avec son relief qui va de vastes plaines sableuses à de hautes montagnes enneigées, en passant par des monts tout plissés...

Un peu plus loin nous decouvrons les "grottes des 33 Cieux" : une série de caves creusées dans la falaise, reliées entre elles par des escaliers escarpés et des couloirs exigüs. Il ne subsiste que l'architecture et quelques traces de peinture, les statues ont disparu lors de la revolution culturelle. Mais la visite ludique mérite tout de meme le detour!

Les escaliers débouchent sur des corridors à même la falaise, séparés du vide par des balustrades en bois. Dans les pièces les plus hautes règne une atmosphère de recueillement, loin de tout. Les pièces sont eclairées par les larges fenêtres des facades en bois. Nous admirons ces petits temples accrochés sur la falaise, dont les toits contrastent joyeusement avec la pierre.

Apres la visite, nous nous baladons en direction des cascades voisines, que nous n'atteindrons pas, faute de temps (et de mollets). Le long du chemin, on croise des tentes installées pour les touristes, avec danseuses en costume folklorique, disco et alcool qui coule à flot... drôle d'ambiance!

 

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