#1 : La création du monde par Pangu
Par Martine Rochot
Le voyage au coeur des mythes chinois que je me propose de vous raconter par épisodes est le fruit de la rencontre avec mon amie Wang Yé. Professeure de chinois, Wang Yé parle le français et l'italien et a longtemps enseigné sa langue aux étrangers de passage en Chine.
Femme libre, critique et enthousiaste, c'est une lettrée, amoureuse des livres et nourrie de littérature et de tradition. Elle m'enseigne le chinois mais aime aussi parler de sa Chine, celle des grands hommes et des écrivains (Shen Congwen et Luxun, nos favoris), mais aussi cette Chine éternelle que nous aimons dénicher et nous décrire à l'issu de nos voyages respectifs.
Dans son appartement pékinois plein de livres, au 12ème étage d'une tour, pendant six ans, nous avons conversé au-delà des cours autour d'une tasse de thé.
Un jour, elle me raconte le mythe chinois de la création du monde:

Au commencement le ciel et la terre sont intimement mêlés ; c'est un magma (le Dao?qui a la forme d'un oeuf. A l'intérieur nait Pangu. Il dort et grandit pendant 18 000 ans et quand il se réveille, il prend une hache et casse l'oeuf.
Ainsi s'élève ce qui dans l'oeuf est léger. C'est le ciel, yang.
Ce qui est lourd descend. C'est la terre, yin.
Voici l'origine du ciel et de la terre avec Pangu en son milieu. Il a peur que le ciel ne lui tombe sur la tête alors avec sa hache il coupe les derniers liens entre ciel et terre.
Pangu est un géant qui grandit de plus en plus, poussant le ciel et la terre loin l'un de l'autre, jusqu'à 90 000 li.
Fatigué, il meurt...
Alors ses mains, ses pieds et son corps se transforment et deviennent les 5 montagnes sacrées,
son souffle devient vents et nuages,
sa voix devient tonnerre,
son oeil gauche devient le soleil, son oeil droit la lune,
son sang donne les grands fleuves, le Yangzi et le Fleuve jaune;
ses cheveux et sa barbe deviennent étoiles,
son pouls donne les chemins, sa peau les fleurs, les herbes et les arbres,
ses os et ses dents les métaux et sa sueur devient rosée.
Dans le Panthéon chinois, Pangu est une figure généreuse qui a donné son corps pour le bien de l'humanité.
Après ce récit tiré des croyances populaires, Wang Yé me propose d'aller plus loin dans la connaissance des légendes et des mythes avec le Livre des Monts et des Mers (Shan Hai Jing).
Fait de 31 000 signes, c'est le classique des mythologies, fait de récits fondateurs, de légendes et de mythes. Mais le Shan Hai Jing est plus riche qu'un simple recueil de légendes car il traite aussi de l'histoire, de la géographie, des populations, de la faune et de la flore de la Chine ;
La légende dit que l'empereur Da Yu, (Yü le Grand), 2 100 ans av JC, a écrit le Shan Hai Jing avec l'aide de son assistant Boyi. Or c'est impossible puisque les premières formes d'écriture en Chine ne sont apparues qu'aux environs de 1 500 ans av JC.
On sait maintenant qu'il a été écrit pendant les Royaumes Combattants (475-221 av JC) et remanié pendant les dynasties Qin et Han.
Déjà objet de recherches pendant les dynasties Jin, Ming et Qing, il a continué d'être un sujet d'étude et de réflexion pour Lu Xun, Mao Dun et le poète Wen Yiduo.
L'universitaire contemporain Yuan Ke lui a consacré sa recherche et un ouvrage, Shan Hai Jing Jiaozhu. Quant à Wang Hongqi, il put à partir du Wu Shan Jing , une des sections du Shan Hai Jing, (le Livre des Cinq Montagnes sacrées) établir une géographie de la Chine ancienne.
Je vous propose donc une approche des mythes du Shang Hai Jing par épisodes successifs.
Prochain épisode : la création de l'homme par Nüwa et Fuxi.