Fête tibétaine à Gongba (Sichuan)
Récit de voyage, épisode 3
Déjà, la veille, des indices nous avaient mis la puce à l'oreille. Il se trame quelque chose dans cette ville de Langmusi ! Des hommes vieux, jeunes, à pied, à cheval ou à moto, se promènent avec des gaules pointues en bois, décorées de hampes colorées ou de tissus bariolés. Ont-ils décidé de rendre un hommage à Don Quichotte de la Manche et à son fidele écuyer ? Que nenni ! Ils préparent une fête tibétaine pour le lendemain.

Les festivités commencent très tôt, avec le lever du soleil. Nous arrivons vers 7h au camps de tentes des Goloks, prés du village de Gongba. Dans les brumes matinales, on aperçoit des cavaliers, des motos, qui sillonnent le camp ; des silhouettes qui gravissent les flancs de la colline. On entend des cris au loin, qui ressemblent vaguement à des youyous algériens. 
On ne voit aucune femme, la première partie de la journée étant réservée aux hommes. Je demande si je peux approcher ; on me renvoie des sourires, ma présence semble ne déranger personne. Nous traversons donc la rivière (au péril de notre vie et au grand amusement des Tibétains), et attaquons l'ascension de la colline. Doucement, très doucement avec des pauses nombreuses; nous sommes quand même a 3000 mètres d'altitude.
Sur la crête, il y a déjà des tas de perches plantées dans le sol à deux ou trois endroits, formant ainsi des monuments sacrés ; les hommes à pied ou à cheval en font le tour en priant et en jetant par poignées des papiers de prières vers le ciel.
Tout cela est très joyeux et très souriant, l'ambiance est à la fête... et au milieu e toute cette joie je suis touchée et impressionnée. Les papiers de prières virevoltent dans les airs comme des feux d'artifice et recouvrent le sol comme de la neige.
La vue sur le village de tentes et sur la vallée est époustouflante quand le soleil passe enfin les brumes matinales.


Vers 11h, les derniers redescendent la colline pour aller manger sous les tentes. Nous cherchons un endroit pour pique-niquer ; à chaque fois que nous nous asseyons, nous sommes aussitôt entourés par des enfants, des ados ou même des adultes, qui prennent nos livres français, touchent nos chapeaux et tirent les poils de nos bras en riant. Les jeunes, pour être immortalises par nos photos, font cabrer leurs chevaux... Impossible de se soustraire à cette curiosité naturelle et bonne enfant !
Heureusement, les courses de chevaux sont prévues vers midi, et nous nous approchons de l'espace délimité par un cercle de fanions colorés. Les femmes et les tout jeunes enfants arrivent et s'installent sur le versant de la colline, en spectateurs. Les jeunes garçons (très jeunes parfois) vont s'affronter dans des épreuves de rapidité. Ils montent à cru, des chevaux très nerveux qui finissent assez souvent dans le public, ou repartent dans les herbages, après avoir désarçonné leur cavaliers. Le soleil tape très fort mais le public nombreux manifeste sa joie par des cris, et jette des papiers de prière.
Nous ne sommes que quelques occidentaux, fascinés par ce monde si étranger. Une dizaine de photographes chinois sont là pour « couvrir » cette journée, et me gâchent un peu la fête : Ils se placent sans gène devant tout le monde, parfois sur le trajet des chevaux ; mitraillent au téléobjectif sans remercier ni sourire, montent sur les chevaux des Tibétains ou se font porter leurs sacoches... Je suis partagée entre l'exaspération face à leur attitude, et la satisfaction de voir que des journalistes chinois s'intéressent à cette fête et à la culture tibétaines.
(c) textes et photos : Fanny Valembois
La semaine prochaine : Photos de Gongba (2/2)

Par tchin-tchine, Vendredi 21 Septembre 2007 à 08:04 GMT+2 dans je voyage, il voyage, nous voyageons (article, RSS)



