Masques de Chine, rites magiques de Nuo
Chronique d'Aurélie Croiziers
Une très belle exposition s'est tenue pendant cinq mois au musée Jacquemart-André à Paris. La centaine de masques exposée dans six salles était tout à fait captivante : Les origines, l'influence taoïste, l'influence Ming, la fertilité, la figure du juge Bao ou la théâtralisation du Nuo étaient les thèmes mis en avant pour mieux faire comprendre cet art traditionnel. La muséographie simple, mais efficace, mettait toutes les pièces en valeur, beaucoup étant accompagnées de légendes très explicites.
Au-delà de la valeur artistique de l'exposition, c'est tout un univers qui nous était donné à découvrir : celui du Nuo. Le Nuo désigne l'expulsion des démons, qui se manifeste par des cérémonies rituelles existant depuis l'Antiquité et pratiquées dans les campagnes comme à la cour. Les écrits du Rituel des Zhou et le Livre des rites, ainsi que des fresques murales de diverses provinces de la Chine et des vases en bronze du Ve siècle av. J.-C attestent de l'ancienneté de ces pratiques. Alors que l'univers rituel traditionnel africain est très réputé, son équivalent chinois reste méconnu.
Les rites d'exorcisme chinois étaient pourtant très importants dans la Chine ancienne où les maladies étaient attribuées à la présence de démons. Au cours de cérémonies publiques, les masques personnifiaient les démons, les prêtres ou d'autres rôles importants de la vie collective chinoise (juge...). Masqués pour se déguiser en dieux, les villageois dansaient et faisaient des bruits étranges pour effrayer les forces maléfiques. La puissance attribuée aux masques permettait de repousser les démons et d'attirer la clémence des dieux. La tradition du Nuo s'est enrichie des influences bouddhiste et taoïste et a permis le développement d'un panthéon plus large encore.
Peu à peu, le théâtre a pris une place dans ces rites d'exorcisme : au départ pour raconter des légendes à la gloire des dieux, puis sous forme comique pour utiliser le rire comme arme contre les démons. Cette forme théâtrale s'est peu à peu détachée du rite pour donner naissance au théâtre du Nuo et se pratique aujourd'hui encore sous forme de théâtre de rue.
Pour ceux qui n'ont pas pu voir cette très belle exposition, un livre a été édité par le commissaire de l'exposition « Le masque de la Chine, les masques de Nuo ou la face cachée du dernier empire » publié chez Actes Sud.
Par tchin-tchine, Mardi 18 Septembre 2007 à 08:18 GMT+2 dans Vu, lu, entendu (article, RSS)



