Still Life, un film de Jia Zhangke
Chronique de Fanny Valembois
Après Platform et Plaisirs inconnus, Jia Khang Ke continue à explorer les bouleversements de la société chinoise dans Still Life, son dernier film, qui a reçu le Lion d'Or au festival de Venise.
Sur les bords du Yangtsé, en aval du fameux barrage des Trois Gorges, la vie de milliers de personnes est bouleversée par la montée des eaux, lente et inexorable. Au milieu des maisons détruites une à une, à la masse, par les habitants eux-même, nous suivons le parcours de personnages déracinés. Un homme à la recherche de sa femme et de sa fille, disparues 16 ans auparavant ; une femme dont le mari a déserté la maison depuis deux ans... les destins se croisent et s'effleurent, dans un ballet nostalgique empreint de lenteur, d'amertume et de regrets.
D'une lenteur parfois étouffante, le film rappelle, par sa forme, par la recherche esthétique, toujours présente, par l'absence de discours ou de morale explicite, la tradition chinoise du récit : une expérience parfois déroutante pour le spectateur.
Le film offre surtout une vision fascinante de cette vie en gravas, dans des paysages d'une désolation presque irréelle. On mesure ici les sacrifices consentis pour un projet économique faramineux, qui broie sur son passage ceux-là même qui doivent profiter de ses retombées. 30 ans après l'ouverture de la Chine au marché mondial, ces scènes rappellent la démesure des grands plans maoïstes : en Chine, aujourd'hui comme hier, la politique a le pouvoir de transformer la réalité. Mais le prix à payer a-t'il été mesuré ?
Par tchin-tchine, Jeudi 10 Mai 2007 à 14:48 GMT+2 dans Vu, lu, entendu (article, RSS)



