ABCDaire de Chine : Kites (cerfs-volants)
Comment ai-je pu ne pas y penser ? Je ne savais qu’aborder avec la lettre K et levais pensivement le nez au ciel. De mon bureau j'aperçois une grosse masse d'arbres frais, quelques tuiles élégamment chinoises qui s’immiscent, timides, au-dessus des branchages, et surtout un grand morceau de ciel bleu. Puis ces traits de lumière sombre qui le zèbrent et flottent indistinctement là-haut, très très haut... Serait-ce une chimère due à l’abus d'ordinateur ? Que nenni : feng zheng, les cerfs-volants !
Ils sont présentement cinq au dessus des toits gris de Dongcheng, et claquent comme des étendards là où le vent est puissant, là où l’homme n’a pas prise. Ceux-là sont rectilignes, rouges et noirs, imposants. D’autres sont plus ludiques, en forme de papillon, de chauve-souris, de Pokémon - les Chinois ont pour la plupart perdu la luxueuse mais excitante habitude de fabriquer leur propre jouet, laissant le tout puissant outil publicitaire en prendre soin à leur place. Ca ne les empêche pas de s’amuser, dès qu’ils ont un instant de libre, à lancer le leur le plus haut possible dans les cieux, afin de terrasser les concurrents, afin de terrasser son propre ego, sa conscience de terrien. Ils sont des dizaines à Tian An Men ou sur les allées impériales qui longent le parc Tian Tan, le bien nommé Temple du Ciel. Les gamins sourient béatement, le nez en l’air, extasiés – un bon moyen de canaliser leur énergie ! Mais n'allez pas croire pour autant qu'il s'agit là d'un jeu d'enfant ; seuls les plus expérimentés, les plus adroits, les plus costauds aussi, sont capables de propulser leur toile au-delà des premières masses d'air, le plus souvent increvables. Art ancestral, de la confection au lancement, le cerf-volant plus que jamais reste le sport national d’une Chine pour le moins populaire. Et c'est une excellente nouvelle !
Par Pablo Tullio
Par tchin-tchine, Vendredi 13 Avril 2007 à 09:41 GMT+2 dans je voyage, il voyage, nous voyageons (article, RSS)



