Maoïsme
La vraie religion populaire néanmoins, n’en déplaise aux mystiques, est pour le moins matérialiste. Et Dieu dans l’imaginaire chinois a un visage bien familier, un peu rond et bedonnant, bienveillant quoique vérolé : Mao Zedong, le Timonier, le maître de la barque, le héros de tout un peuple, le Zizou des chinois, Mao de sa royale tête ne fait certes pas trembler les filets brésiliens mais bien les prolétaires de tout poil... et les touristes-pélerins en manque de sensations sacro-dépaysantes.
Il trône ainsi, sous la forme d’un portrait démesuré, sur la Porte de la Paix Céleste, s’offrant au regard de tous les badauds de Tian An Men, imperturbable, imperméable aux orages qui battent la plus grande place publique du monde, constamment restauré par les plus fins limiers de la peinture étatique, et arbore au grand jour une verrue monstrueuse qui donne au culte de la personnalité à la chinoise une touche d’humanité que certains moustachus d’outre-Sibérie n’auraient pas dû ignorer.
Aussi placide que la Joconde avec laquelle il doit partager le titre de personnage décédé ou fictif le plus photographié de la planète, Mao continue de veiller sur sa propre dépouille - elle aussi adroitement restaurée car cela fait quand même trente ans cette année qu’il est mort – gisant dans le grossier, le décadent, le superbement stalinien mausolée que ses émules lui ont dressé au beau milieu de la place et qui doit être bien plus confortable que la caverne du Hunan dans laquelle la légende veut qu'il ait fourbi ses premières armes. Je ne l’ai pas encore visité, mais je vois d'ici le tableau : le petit Mao se retournant dans son cercueil de verre aux cris des vendeurs informels qui assiègent le touriste d’effigies sur porte-clefs et de versions anglaises du Petit Livre Rouge. Les temps changent !
Par tchin-tchine, Vendredi 13 Avril 2007 à 09:39 GMT+2 dans je voyage, il voyage, nous voyageons (article, RSS)



