Nationalisme
Néanmoins, si la classe dirigeante commence à reconnaître certaines « erreurs » (oh, quand même, ils y vont fort) politiques ou sociales commises sous le règne de Mao, force est de constater qu’il reste dans les mémoires comme l’homme qui aura réunifié la Chine, trente-huit ans – un millénaire - après la chute du dernier Empereur et après avoir subi quatre guerres sur son propre territoire. Il restera en cela à jamais un héros, rejoignant dans l'histoire Qin Shi Huang Di et Kubilai Khan comme les grands fondateurs de l'unité nationale, priorité ultime dans la hiérarchie des valeurs chinoises. D'où la question à mille euros : que serait-il advenu de Chiang Kaishek, aujourd'hui honni comme le premier ennemi historique du Parti, si ses troupes nationalistes, en 1949, avaient remporté la guerre, évitant au Kuomintang de devoir se retirer penaudement à Taïwan... aujourd'hui officieusement indépendant ? Comme quoi, en matière d'unité nationale, les communistes peuvent repasser. Un stage au Xinjiang ou au Tibet leur ferait le plus grand bien.
Notons toutefois que le prétendu ultra-nationalisme chinois est avant tout un concept politique qui dépasse rarement le cadre des livres et des discours officiels. A ma grande surprise, il n’y a rien de moins patriote qu’un chinois - ils sont, à cet égard, à des années-lumière du Vietnamien moyen lequel décore son balcon, sa moto, son visage, d'un drapeau national pas si réglementaire qu'on veut bien le faire croire... Mais si l’histoire du petit voisin du Tonkin est jalonnée d'invasions repoussées et d'ennemis terrassés, qui par nécessité appellent la présence constante de troupes étrangères, celle du potent Empire du Milieu (Zhong Guo, la Chine, en langage local) s’est fondée au contraire sur un repli sur soi généralisé et la recherche de l’autonomie politique, alimentaire, culturelle, au sein de laquelle a pu se développer sans crainte une conscience très vive de la région d'origine, qui confine par moments au chauvinisme le plus touchant. A Pékin, deux chinois entre eux n’hésiteront pas à se demander quel est leur pays d’origine, à savoir leur province natale : Nord-Est, Shandong, Hunan, Ningxia... Il faut alors voir leur satisfaction, leur sourire, leur soulagement presque lorsque le hasard les a menés sur un compatriote ! Il parait d'ailleurs que jusque sur les trottoirs de Belleville, ce sentiment d'appartenance régionale reste vif.
Par Pablo Tullio
Par tchin-tchine, Vendredi 13 Avril 2007 à 09:38 GMT+2 dans je voyage, il voyage, nous voyageons (article, RSS)



