Jardins
Gong yuan – jardin public – ou Zhi wu yuan – jardin botanique ; en dépit ou plutôt par réaction à une pollution intenable, le Chinois, plus que jamais, s’éprend pour ce qui de tout temps fut sa passion : les jardins, les parcs, les coins d'herbe, les rochers dans un petit lac, la coupe des bonzaïs, le dressage des oiseaux siffleurs et des grillons. Toute la journée, c’est un défile de petits vieux qui s'en viennent effectuer quelques mouvements de tai ji quan ou de gymnastique brute, aérer un peu la fine cagette de bambou laqué où s’époumone un rossignol, échanger quelques notes de er hu, sorte de violon-crécelle à deux cordes, en chantant quelque air traditionnel de l’opéra de Pékin. Lieu hautement socialisateur, le jardin public permet aux familles de profiter d’un peu de verdure et de la fraîcheur de l’eau, aux jeunes amoureux de s’ouvrir à un romantisme candide que leurs parents n’ont pas su leur enseigner faute d'avoir pu le découvrir eux-mêmes, sous l'oeil bienveillant des plus anciens qui retrouvent pour quelques heures un camarade... au sens historique du terme ! Tous surtout, minots et grands-pères, adolescents principalement conscients des lacunes de leur hygiène de vie, tous viennent s’adonner au jian zi, sorte de badminton qui se pratique avec les pieds à la manière du foot-volley, à l’aide d’un gros volant multicolore dont les plumes s’arrachent au moindre impact.
Formidables lieux de vie, et formidables lieux tout courts, les parcs de Beijing sont innombrables et charmants, parfois majestueux comme ce lac Bei Hai et son immense pagode juchée sur un îlot, parfois d’une austérité et d’un abandon félins comme l’ancien campus du Collège Impérial où les oiseaux et les insectes jouissent d'une liberté totale entre ces stèles colossales et muettes gravées de haut en bas, en guise de bizutage, par les heureux candidats reçus au concours mandarinal.
Par Pablo Tullio
Par tchin-tchine, Vendredi 6 Avril 2007 à 08:25 GMT+2 dans je voyage, il voyage, nous voyageons (article, RSS)



