Football
A Pékin comme ailleurs, la Coupe du Monde bat son plein, et la belle cosmopolite s'anime aux couleurs et aux musiques des participants. Les bars de Sanlitun vibrent des acclamations américaines, allemandes ou anglaises des quartiers diplomatiques et d'affaires. On notera dans les rangs français une étonnante adaptation non dénuée d'un certain sens de l'humour, un plus populaire "Fa Guo ! Fa Guo !" remplaçant le traditionnel "Allez les Bleus !". Mais c'est plutôt du côté des Asiatiques qu'il faut se tourner. L’incroyable remontée de la Corée du Sud face au Togo en première semaine, sur les terrasses écrangéantisées de Wudaokou, fief de la communauté coréenne, première minorité de la ville, était on ne peut plus enthousiasmante. La folie qui s'était emparée de Séoul en 2002 lorsque les Diables Rouges avaient atteint les demi-finales à domicile ne s'est pas estompée en quatre ans. Les étudiantes coréennes, déjà naturellement séduisantes, étaient on ne peut plus excitantes avec leurs petites cornes à lumière rouges ; leur répertoire de chants est sans fin et leur entrain est d'une candeur qui n'a d'égal que leur ignorance des choses du football. Ca faisait chaud au coeur !
Ce qui n’est en revanche pas du tout le cas du Japon, le voisin honni et vilipendé, le tortionnaire de petits enfants, l'infâme violeur et pilleur, celui qui n'a qu'à bien se tenir et qui est puni des crimes de son passé tourmenté en encaissant trois buts en cinq minutes contre la très modeste Australie. Le sentiment anti-nippon reste violemment exacerbé, chez les classes les plus populaires j'imagine, mais même et surtout chez mes propres amis chinois qui sont, par la force des choses, étudiants, anglophones, connectés à Internet et ouverts sur le monde... Quel traumatisme ! Ils en appellent invariablement à certaines traces de l'histoire que l'on n’arrive pas, malgré les efforts, à effacer des mémoires. J'ai beau leur rappeler que leur vision de l’histoire est plus déterministe que chronologique, que depuis que le Japon s'est retiré de Chine, ils ont quand même connu la guerre de Corée et l'invasion du Vietnam en 1986, et que, à la limite, les troupes allemandes étaient encore à Paris quand Pékin était déjà libérée par les Américains... rien n’y fait. Il ne fait toujours pas bon être japonais ici-bas, et pourtant les quelques-uns que j’y ai rencontrés étaient absolument charmants.
Par Pablo Tullio
Par tchin-tchine, Vendredi 30 Mars 2007 à 09:58 GMT+2 dans je voyage, il voyage, nous voyageons (article, RSS)



