tchin-tchine au fil des jours : jeux chinois, articles, conseils de lecture...

Beijing

Ah, Pékin, quand même... Le vaste chantier !
On l'a dit dans tous les journaux, sur tous les postes de télévision, et pour une fois on ne nous mentait pas : jamais peut-être dans sa longue histoire, l’homme n’a eu l’occasion d’observer un aussi rapide, un aussi intense, un aussi exubérant bouleversement. La ville palpite jour et nuit, de sa frénésie immobilière et de la clanification fulgurante de sa société. Un endroit, deux mondes qui cohabitent, deux ou mille, c'est selon. Cosmopolite mais xénophobe, dynamique mais perpétuellement embouteillée, sur ses avenues et dans la plus infime démarche administrative, visionnaire et ringarde, verte et grise tout d'un bloc, la capitale chinoise cultive le sens de la diversité et du microcosme indépendant, chacun agissant en fin de compte pour lui-même, ici dans le temple proclamé de l'idéologie communiste. Les expats se foutent des Chinois ; les automobilistes, toujours plus nombreux, se foutent des piétons ; les nouveaux patrons se foutent des réparateurs de vélo et des vendeurs d’oranges ; les vieux, restant assis comme à Cuba sur bancs de pierre et fauteuils défoncés entreposés à même la rue, se foutent des jeunes et les jeunes, eux, se foutent tout simplement de tout : de leur apparence, de ce qu’ils bouffent, de leurs parents, de la politique en premier lieu. Ils sont punks, hip-hop, basketteurs, néo-conservateurs pour le plaisir, guitaristes aux cheveux longs, acharnés de jeux en réseau dans l'un quelconque des immenses cybercafés souterrains qui rassemblent, de jour comme de nuit, deux à trois cents accros. Et, comble de l’individualisme, ici même les chiens se foutent des chats et vice-versa !


Ainsi va la vie à Pékin : tandis que, pour éviter des poursuites judiciaires à leurs employeurs (par décret gouvernemental, l'extérieur de tous les bâtiments en construction doit être achevé au plus tard en décembre 2007 afin de donner une image moderne de la ville lors des Jeux Olympiques), employeurs qui pourtant les exploitent en leur faisant miroiter un salaire déjà faible qui bien souvent en fin de chantier ne tombe même pas, les contraignant à rentrer au village les mains vides - les ouvriers du bâtiment s’acharnent vingt-quatre heures sur vingt-quatre à souder, cimenter, polir une nouvelle tour surgie du néant en quelques mois et dont ne voit encore qu’une silhouette grise et noire hurlant et crachant dans la nuit des flammes fantasmagoriques ; tandis aussi que les familles, du grand-père au nouveau petit roi encravaté et engrossé, terminent leurs nouilles de blé à la sauce saté devant l'un des sept ou huit romans télévisés de kung-fu moyen-âgeux et pathétique proposés chaque soir sur les ondes ; tout un petit monde grandi de standards occidentaux, expatriés européens et jeunes élites chinoises ayant fait leurs études en Amérique et parfaitement bilingues, se retrouvent dans les pubs et les boites de Sanlitun ou de Huhai et se trémoussent en fumant des Marlboro au son de la techno et du rap US, qui dans la journée envahissent centres commerciaux, métros et salles de jeux. Beijing est bien une ville moderne, une nouvelle perle de l’Orient, bouseuse mais travailleuse, sur laquelle le monde compte et qui demeure pleine de contrastes non pas anachroniques mais sociaux.

Vos commentaires

Aucun commentaire pour le moment.

Autres publications sur le sujet

Aucune référence pour le moment.

Cet article ne peut faire référence à d'autres publications.

Commenter cet article

*


Pour être sûr... combien font 3 + 4 ? *

Se souvenir de moi


Les champs marqués d'un * sont obligatoires
Votre commentaire sera affiché en texte brut à l'exception des liens