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La ville de Pierre (Shitouzhen)



Un roman de de Guo Xiaolu paru chez Picquier
Chronique de Francis Lucas

A Pékin « cette capitale aride et tentaculaire », Jian Corail Rouge et Zhuzi habitent un petit appartement au rez-de-chaussée d’un gigantesque immeuble de vingt quatre étages « comme deux bernard-l’ermite dans une coquille qui n’est pas la leur ».

Leur petite vie ordinaire, sans véritables heurts ni grandes joies, est pourtant déstabilisée quand Jian Corail Rouge reçoit par la poste un colis en provenance de sa ville natale, Shitouzhen, contenant une longue anguille japonaise salée...

L'odeur prégnante du poisson envahit le petit appartement et l'esprit de Corail Rouge, éveille ses sens et sa mémoire : "si je n'avais pas reçu ce poisson séché, je n'aurais jamais entrepris de me remémorer cet endroit, cet endroit appelé Shitouzhen. Alors, tout a recommencé." 

Le lecteur navigue alors entre deux récits dissonants, celui de la vie urbaine, relativement paisible et morose, de la jeune femme, et celui de son enfance, passée dans "la ville de pierre", un port de pêche à l'atmosphère lugubre, balayé par les typhons, où la vie était rythmée par les départs et les retours (parfois incertains) des "mendiants de la mer", les pêcheurs.

Là-bas, dans cet autre temps, Corail Rouge était «Petit Chien», une orpheline, vivotant entre un grand-père et une grand-mère qui n'échangeaient plus un mot depuis des années. Elle se souvient de cette "vie antérieure", celle d'une petite fille frêle et noiraude, indifférente aux autres, qui rêvait d'une vraie famille et passait des heures à scruter la mer ; elle se souvient de l'unique sentiment qui avait dominé dans son cœur dès l'âge de sept ans : une honte indescriptible, irracontable, impossible à confier, provoquée par le harcèlement incessant et animal d'un homme terrifiant, aux gestes muets : "je devais rester prisonnière de cette terreur et de cette honte pendant plusieurs années".

Le charme de ce roman doit beaucoup aux évocations de cette pauvre existence et de cette enfance abîmée, aux descriptions de la vie quotidienne à Shitouzhen, empreintes de nostalgie et d'amertume. Cependant, au-delà de l'intérêt socioculturel ou civilisationnel de l'ouvrage, c'est la détresse, les traumatismes mais aussi la résilience d'une enfant qui forment le noyau dur de ces "mémoires". Dans le même temps, ce retour sur elle-même et son passé sont salvateurs et c'est sur plusieurs notes d'espérance que s'achève le récit, les épreuves endurées semblant comme transcendées par un retour à des sentiments humanistes.

Guo Xiaolu est née dans un petit port de pêche du sud de la chine en 1973. Elle est non seulement auteur de plusieurs romans, mais également scénariste, a publié des recueils d'essais et d'articles sur le cinéma, et réalisé plusieurs documentaires.

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