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Itinéraire en terres d'islam de Chine (1/6)

Reportage de Philippe Rochot.



Le Coran autorise le croyant à faire ses ablutions avec du sable avant la prière, si l'eau vient à lui manquer... Alors les musulmans du Ningxia ne s'en privent pas. Car ici c'est bien la sécheresse qui domine et les fidèles n'ont pas toujours la chance d'habiter sur les rives du Fleuve Jaune. Il y a bien longtemps, j'avais croisé des pèlerins chinois sur les routes de la Mecque en Arabie Saoudite et je m'étais promis de visiter un jour leur terre d'origine. L'ouverture de la Chine m'en donne enfin l'occasion. Un voyage au Ningxia déjà effectué en 2003 m'a poussé à revenir seul sur cette terre désolée où le premier combat est d'abord celui de l'eau. En six années de Chine, j'ai souvent croisé le chemin des Hui musulmans sur les routes du Gansu, du Henan ou du Ningxia, revenant de la Mecque avec l'eau sacrée du puits Zemzem. Je les ai vus aussi au Tibet, où ils représentent à présent une partie non négligeable de ces colons qui viennent travailler au pays des neiges et imposent la construction de nouvelles mosquées, au grand désespoir de la population bouddhiste.


J'ai toujours trouvé que l'islam donnait aux Hui une certaine dignité par rapport aux Han, qu'ils étaient aussi plus propres et plus soigneux, plus polis, plus respectueux. L'attitude du musulman dans la société donne souplesse et grâce à ses gestes et les musulmans chinois n'échappent pas à ce comportement. J'ai donc voulu les rencontrer en partant tout simplement de la cité de Yinchuan, la "capitale de la région autonome des Hui", et suivre leur présence jusqu'au sud, vers le Gansu et le nord du Sichuan. Je ne traiterai pas cette fois-ci des Ouighours du Xinjiang qui représentent pour moi une autre catégorie sociale et même politique. Leur identité, leur forte personnalité, leur caractère, les écartent du monde chinois auquel ils refusent la plupart du temps de s'intégrer, ce qui n'est pas le cas des Hui.

Nous garderons en tête que les premiers musulmans sont entrés en Chine sous la dynastie des Sui au VIIème siècle, par la route de la soie et surtout à l'époque, par le port très actif de Quanzhou et l'embouchure du fleuve Jing Jiang, face à l'île de Taiwan. L'élan sera surtout donné par la dynastie des Yuan au XIIIème siècle, les Mongols autrement dit, qui donnèrent son essor à l'islam. Les Ming ont ensuite laissé construire de nombreuses mosquées. Après la révolution culturelle et la destruction d'une bonne partie des édifices religieux, la politique de Deng Xiaoping a entraîné un renouveau de l'islam. Des chefs religieux ont pu par exemple devenir cadres du parti, un compromis avec le ciel qui a permis à la religion musulmane de vivre dans une harmonie avec le communisme indispensable pour assurer la paix sociale.


Les Huis représentent aujourd'hui une communauté de près de 10 millions d'habitants. Le terme de territoire autonome des Huis, attribué à la province du Ningxia, apparaît beaucoup plus comme un cadeau de prestige pour faire plaisir à cette communauté, que comme un système de gestion privilégié.

 

Episode 1 : Une capitale pour l'islam chinois


Yinchuan ne ressemble pas à la capitale d'une province pauvre : larges avenues, immeubles de mauvais goût mais modernes, abondance au marché et dans les grands magasins, vélos à moteur, publicités géantes pour "China Mobile". Dans la grande rue piétonnière la jeunesse de Yinchuan se préoccupe de la mode qui s'expose grossièrement devant des boutiques bien fournies. On rénove aussi Nanmen Lou, la Tour de la porte sud, et la cité veut suivre le même rythme de développement que les autres villes chinoises.


C'est bien le problème du déséquilibre entre la ville et la campagne qui se pose dans cette région comme partout en Chine. Etonnant de voir que les Huis musulmans ne sont guère présents dans cette capitale d'une région autonome qui porte leur nom : pas plus de 15%. Les Hans dominent aujourd'hui largement, et même dans toute la province où ils sont deux fois plus nombreux que les musulmans. Je ne compte guère que cinq ou six mosquées. Dans les rues qui longent les édifices religieux, on abat les bœufs et les moutons, ce qui rappelle que les musulmans en Chine ont en grande partie le contrôle de la viande. Les Hans aiment souvent les taquiner en vendant des porcs à côté, ce qui tourne souvent à des rixes violentes. Car si les Huis musulmans se laissent parfois aller à boire de l'alcool de riz ou un verre de bière, ils sont intransigeants sur le porc qui reste un animal impur. 

La mosquée Nanguan me paraît la plus active. A côté de la salle des prières un petit musée rappelle au visiteur que l'Imam (ahung) a reçu des délégations d'Arabie, d'Egypte ou des Emirats et qu'il en est fier. Il a même pu faire le Hajj, le pèlerinage à la Mecque ce qui le rend ici intouchable aux yeux des croyants. On est en plein cœur du ramadan. J'ai donc choisi de venir une heure avant la rupture du jeûne. Je rencontre surtout des anciens au réfectoire, qui attendent avec impatience le signal pour pouvoir manger leur premier bol de nouilles de la journée. Pas trop méfiants, ils m'invitent à partager leur repas et à revenir le lendemain pour la prière du vendredi. Mosquée en chinois se dit "Qing Zheng Si", mot à mot, le temple du pur et du vrai : joli nom !

L'architecture de la grande mosquée de Yinchuan me rappelle un peu trop les mosquées du Moyen-orient. Je suis donc plutôt déçu. Mais il est passionnant d'observer le comportement des fidèles à la grande prière du vendredi qui a lieu vers 13h 30. Je ne compte guère qu'une centaine de croyants. L'âge moyen doit être d'une cinquantaine d'années, très peu de jeunes, très peu de femmes aussi, à part une demi-douzaine de filles d'une vingtaine d'années, en tenue très islamique avec foulard et abaya noire, qui cherchent une place pour prier en dehors de celles attribuées aux hommes et qui refusent obstinément de me parler.
Le Muezzin ici n'a même pas de haut-parleur et appelle à la prière devant l'entrée de la salle. Les autorités ne veulent pas créer de problèmes avec les Hans et donner l'impression que les imams font du prosélytisme en pleine rue en rameutant les croyants avec une sono dernier cri "made in China". Mais l'homme invite en fait à la prière ceux qui sont déjà là et qui n'ont pas besoin d'être convaincus. Un geste symbolique bien sûr qu'on ne saurait retirer aux Huis, attachés aux méthodes traditionnelles pratiquées dans les autres pays musulmans.

Le gardien du Temple commence à me poser des questions: pourquoi je suis revenu alors que j'ai déjà visité la mosquée la veille ? A quelle "ethnie" est-ce que j'appartiens ? - autrement dit, à quelle religion ? Pourquoi je fais des photos alors que je ne suis pas musulman ? Y a t-il des Huis dans mon pays au moins ? Avec son bonnet blanc et sa barbichette il me fait signe de m'en aller. Heureusement, un petit groupe de touristes chinois qui marchent sur les chaussures des croyants déposées à l'entrée de la salle de prière, pour photographier les fidèles dans leur recueillement, me sauve la mise. S'ils peuvent aussi grossièrement s'introduire ici pour faire des images, pourquoi n'aurais je pas le droit de photographier de façon discrète et respectueuse ? Le gardien s'incline mais je ne reviendrai pas à la mosquée Nanguan.

 

Vos commentaires

1 Le Mercredi 7 Mai 2008 à 06:26 GMT+2, par jaahydd

as salamou allahi koum wa rahmatoullahi wa barakatou

"et allez chercher la science en religion meme si pour cela vous devez vous rendre en chine"

baraka allahou fik chers freres et cheres soeurs chinois(es)

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